Avez-vous déjà eu peur? Genre, la chienne de votre vie. Une peur singulière qui vous interdit de croire que vous allez un jour finir par vous en sortir. Cette peur qui, un coup installée en vous, prend toute la place et vous étouffe petit à petit.

La semaine dernière, j’écoutais le récit de Guillaume Latendresse à la radio. C’est au moment où il a été questionné sur la commotion cérébrale que venait de subir Sydney Crosby qu’il a choisi de vider son propre sac. Gros sur le cœur, vous dites? Une histoire d’horreur. Poussé à la retraite à 26 ans avec une fiche de six commotions diagnostiquées au cours des trois dernières saisons de sa carrière, il a vu sa vie prendre un coup de bascule inattendu. Maintenant, on le sent dans sa voix, il a peur. Une peur qui l’accompagne désormais dans tout ce qu’il fait. Et, surtout, dans tout ce qu’il ne peut plus faire. Aujourd’hui, même pas trentenaire, le gars ne sait pas à combien se chiffre l’hypothèque qui est venue plomber le reste de ses jours. On devine que la facture sera lourde.

Fallait l’entendre raconter sa nouvelle vie : maux de tête tenaces, nausées récurrentes, fatigue chronique, changement de personnalité, troubles de l’humeur, dépression. Loin, très loin de la supposée vie de glamour des richissimes enfants gâtés du sport professionnel. Quand un gars en a pour trois jours à s’en remettre parce qu’il s’est cogné le coco en installant sa fille dans son siège de bébé, ça vous donne une idée…

J’étais au Centre Bell le soir de mai 2013 où il avait refusé de se battre lors d’un match éliminatoire alors qu’il portait les couleurs des Sénateurs d’Ottawa. J’entends encore les cris dans la foule autour de moi. «Enwèye le chieux! Drope-les, tes hosties de mitaines, crisse de peureux…» Effectivement, à ce moment précis, Guillaume Latendresse avait peur. Pas peur de se tirailler avec le bouffon qui lui lançait un défi inutile – le match était terminé… –, mais peur de recevoir LE coup de poing fatal, LA taloche de trop qui allait le rendre légume.

En essayant de sauver sa peau ce soir-là, Latendresse ne savait pas qu’il n’allait plus rejouer de la série, pas plus qu’il ne pouvait deviner qu’il ne lui restait qu’un seul autre match à disputer en carrière dans la LNH. L’homme a peut-être sauvé sa peau, mais le joueur, lui…

Une histoire bien triste. Triste à faire peur.

La peur est égoïste. Quand elle débarque dans votre vie, elle vous arrache tout. En commençant par ce que vous avez de plus précieux : l’espoir d’en sortir.

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Meilleures pensées pour les sinistrés de l’eau qui monte. Pas grand-chose d’autre à faire en attendant que de vous envoyer plein de sympathies. XXX

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Avoir peur en politique internationale, c’est avoir quand même la crainte de voir Marine Le Pen prendre le pouvoir malgré tous les indicateurs qui pointaient vers le contraire. C’est pousser un soupir de soulagement en apprenant la confirmation de la victoire d’Emmanuel Macron. Mais c’est aussi trouver ce moment de réconfort bien court quand on constate que près de 11 millions de votants français étaient prêts à appuyer une politicienne pareille. Avec un taux d’abstention au scrutin aussi élevé, je me dis qu’une bonne fois, on va finir par se faire jouer un bien vilain tour. Tant de désinvolture face à un phénomène aussi aberrant, ça m’échappe totalement.

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Vu et entendu: Faith Lift de l’extraordinaire guitariste-chanteur Harry Manx. Vu sur scène, la semaine dernière à Laval. Et entendu, il y a quelques semaines, quand l’album est sorti. Des moments d’extase, purs et simples. Ce qui tombe merveilleusement bien pour ceux et celles qui n’ont ni vu ni entendu l’artiste et la chose en question, c’est que l’album est disponible partout et que le spectacle, embelli par une superbe section de cordes, sera repris au Festival de Jazz le 7 juillet prochain au Monument-National.

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