«Peut-être quelque chose comme un p’tit peuple…»

Excusez-moi, mais quand j’ai appris l’histoire du gérant de la boutique Adidas, c’est la première chose qui m’est passée par l’esprit. En me permettant bien sûr de modifier quelque peu les mots de René Lévesque au soir de la victoire du PQ en novembre 1976.

Ça fait une mèche qu’on parle et reparle de l’état du français à Montréal et plus spécifiquement de la langue d’usage dans les boutiques de la rue Sainte-Catherine. Il suffit d’aller se sustenter dans n’importe quel restaurant pour constater que le verbe de Molière n’est pas nécessairement une option populaire quand on fait du tourisme dans ce qui devrait être la deuxième ville francophone au monde après Paris. À la limite, on peut comprendre: les gens qui travaillent à ces endroits sont pour la plupart nés ailleurs. Ce qui n’excuse rien mais explique tout.

Sauf que dans le cas qui nous préoccupe depuis quelques jours, c’est que les mots «justifiant» l’usage du français dans l’opération de réouverture chez Adidas sont sortis de la bouche même d’un Québécois. Un jeune Québécois francophone de surcroît.

Peut-être que le gars était nerveux, peut-être qu’il voulait faire plaisir à ses patrons et à leurs amis qui étaient sur place, peut-être que ci ou peut-être que ça… En affichant son bilinguisme qui favorisait une fois de plus l’usage de l’anglais, le gérant en question m’a ramené presque 40 ans en arrière. Quand, ti-cul pas encore majeur, j’ai décroché mon premier vrai emploi de vendeur chez Discus à la Place Versailles. Dans ce commerce, c’est en anglais que ça se passait quand venait le temps de se faire crier après par nos patrons, quand il fallait se fendre la gueule en quatre au moment de placer nos weekly orders au head office tous les vendredis matin. Quand les nouveautés que nous commandions étaient des new releases qui venaient d’embarquer sur les charts et que les disques de fin de série -– les deletes – revenaient de la warehouse avec la pochette «punchée» dans le coin avec un sticker rose à 2,97 $… Notre gérant Ronald s’était rebaptisé «Ron» et son assistant Philippe s’était transformé en «Phil». Une fois, mon ami François – on l’appelait Frank… – s’était enfargé dans la prononciation des credits redeemed. Au party de Noël suivant, il avait été la risée de l’assemblée quand on avait souligné son ignorance au micro. Ron, Phil et les autres Bob Tremblay et Maggie Simard avaient bien rigolé…

En toute candeur, on a cru que la loi 101 avait tout réglé. Erreur. Grossière erreur.

Les choses ont-elles changé depuis ce temps? Pas tant que ça, finalement. Entre francophones, on a encore tendance à passer à l’anglais dès qu’un anglophone se joint à la conversation. Parce qu’on est gentils, ce qui n’est pas un défaut, loin de là. Sauf qu’après, on se demandera pourquoi les gens venus d’ailleurs ne voient pas du tout la nécessité d’apprendre notre langue. Accommodants comme nous le sommes, soyez sans crainte, ça n’arrivera jamais. Contrairement à ce qu’on croyait jadis, la menace ne vient pas des anglophones mais bien de nous-mêmes.

En toute candeur, on a cru que la loi 101 avait tout réglé. Erreur. Grossière erreur. La Charte de la langue française a officialisé le statut du français comme langue officielle au Québec, a fixé des balises sur l’affichage, sur la langue d’enseignement et sur la langue d’usage de l’État québécois, mais elle a été absolument inefficace pour effacer ce qu’il y avait de plus profondément ancré dans notre culture profonde : l’à-plat-ventrisme.

La devise du Québec devrait être celle-ci : «Toujours pareils, même après tout ce temps.»

***

Mes salutations à Patrick Bourgeois. Et un gros merci pour le beau cadeau. Ton sourire, large comme la vie, habitera désormais mes souvenirs à jamais.

@menardradio

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