Êtes-vous capables de faire la part des choses entre l’œuvre d’un homme et certains pans sombres de sa vie privée? Moi, je l’avoue bien candidement, j’en suis incapable. Et l’annonce du décès de Jacques Languirand vendredi me l’a démontré une fois de plus.

L’annonce de la mort de ce communicateur hors pair, érudit au parcours fascinant et pusher de culture sans égal aurait dû me foutre un coup de cafard bien senti. Et pourtant, non. Mon cafard a plutôt été balayé par un malaise qui ne décolle pas.

Languirand a-t-il vraiment entretenu une relation incestueuse avec sa fille? Comme dirait l’autre, je ne le sais pas, je n’y étais pas. Et vous non plus. Sauf que le doute est là et, depuis la sortie de cette présumée affaire, en 2014, il y a une tache grosse comme ça qui est apparue sur mes souvenirs. Le genre de tache qui ne partira jamais, même si je passais le reste de mes jours à la frotter avec de la laine d’acier.

J’ai le même problème avec le cinéma de Woody Allen. Depuis que ses enfants ont secoué les squelettes hors du placard du bonhomme, j’ai beau faire des efforts, mon degré d’admiration pour ses films d’hier n’est plus le même. Ses couleurs se sont affadies, son noir et blanc n’a plus le même contraste, son humour a perdu toute légèreté et je m’interroge désormais sur ce qui se cache dans le deuxième degré de ses dialogues.

Pareil avec Mon oncle Antoine de Claude Jutra, que je ne pourrai plus jamais regarder de la même façon. Parce que même s’il demeure assurément un grand film, comment pourrais-je retrouver toute la candeur nécessaire pour apprécier les scènes de séduction impliquant les jeunes ados du magasin général?

Les choses et les temps passent. Et il y a d’autres choses qui ne passeront jamais et que le temps ne pourra jamais effacer.

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Moins d’une semaine après avoir entendu PKP se déclarer «en réserve de la République», le chef du PQ, Jean-François Lisée, vient de se nommer une vice-chef (?) en la personne de Véronique Hivon. Disons qu’à moins de neuf mois des prochaines élections, on a déjà vu un cavalier plus solide dans ses étriers. Quoique, avec les scores du dernier sondage Léger-Le Devoir, le PQ n’a plus vraiment grand-chose à perdre.

Je me demande seulement quel est l’intérêt de Véronique Hivon – un actif incontestable de notre monde politique – de se prêter à un pareil exercice cosmétique. Oui, cosmétique. La figure n’est pas de moi, c’est Lisée lui-même qui a fait référence à une «image de modernité». Comme si la présence d’une femme dans le paysage devait obligatoirement être liée à une question d’image. Comme si, en 2018, il fallait avoir bien de l’audace pour donner une pareille promotion à une femme. Misère.

Aujourd’hui, entre cette subtile odeur de paternalisme et une douce fragrance de mononcquerie, mon pif ne sait pas trop où donner de la narine.

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«Peut contenir des traces de menteries.» Comme pour les traces d’arachides dans les biscuits. C’est peut-être ça qu’il faudrait inscrire sur la jaquette de certains livres disponibles en librairie dans le rayon des «recettes de réussite».

Des aventures culinaires du chef Jean-Claude (que l’on dit inconsolable depuis le décès de son grand chum Paul Bocuse…) aux récits de guerre à la Bugingo, il faudra maintenant faire une petite place à la jeune millionnaire qui est la dernière en lice à avoir pris une méchante débarque en bas de sa montagne de boulechite.

Imaginez une minute si on mettait le feu à tout ce qui a été imprimé à propos de ces maîtres de la fiction. Imaginez un seul instant l’immensité du show de boucane. On n’aurait pas fini de tousser.

La fumée des fumistes demeure encore et toujours la plus belle. Et la plus épaisse.

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