The Associated Press Jai Gillard, étudiante, écrivait lundi un message sur chacune des 10 croix plantées en mémoire des victimes de la tuerie de Santa Fe, au Texas.

Un certain vendredi matin du mois de mai, un garçon très fâché a fait irruption dans une école secondaire de Sante Fe, au Texas. Le genre de garçon que tout le monde a croisé des dizaines de fois dans sa vie. Dix-sept ans, un peu boutonneux, renfermé, pas particulièrement populaire auprès des autres élèves et de ses professeurs. Plutôt du type sous-sol que rez-de-chaussée, si vous voyez ce que je veux dire. Pas assez reject pour être totalement poussé hors du cadre, mais suffisamment outcast pour se sentir de trop dans le portrait.

Donc, par un beau vendredi ensoleillé, le garçon a quitté la maison familiale en emportant avec lui des armes à feu que son père avait dûment achetées, en toute légalité et avec toute la caution morale nécessaire. Quelques minutes plus tard, dans cette école secondaire, 10 personnes étaient mortes. Le 18 mai 2018, un garçon fâché avait décidé de régler ses comptes avec le reste de l’humanité.

Un indice qui vaut ce qu’il vaut: il semble que le garçon en question avait les yeux sur une fille qui ne voulait rien savoir de lui. Ça arrive. Sauf que – réjouissons-nous – tous les refusés du monde entier ne réagissent pas aussi mal que le garçon en question. Certains vont mouiller leur oreiller pendant quelques jours et plusieurs nuits, d’autres vont engouffrer trois grandes all-dressed avec des litres de Pepsi pour les aider à avaler leur peine. Mais lui, il a choisi d’emprunter les guns de son père pour apaiser sa rancœur. Dix morts. Et 13 blessés. Ainsi, il était bien certain d’avoir suffisamment de témoins qui pourraient éventuellement raconter son coup d’éclat aux différents bulletins de nouvelles. Au cas où l’histoire serait un tantinet différente de celle des autres tireurs fous.

À Santa Fe, ce matin-là, personne n’aurait pu prévoir ce qui allait se passer. Même si, sur sa page Facebook, le garçon avait affiché de drôles de messages et même s’il portait parfois de drôles de symboles sur ses drôles de photos. Du stuff weird comme on en a vu ici même sur les pages de Kimveer Gill, d’Alexandre Bissonnette, d’autres garçons qui partageaient sensiblement le même mal de vivre.

Encore une fois, aux États, des partisans de la solution express se sont mis à réclamer des détecteurs de métaux dans toutes les écoles, des profs armés dès la prématernelle et, tant qu’à y être, des concierges avec des chariots équipés de moppes et de carabines à longue portée. On ne sait jamais…

Tout ça dans un seul but: vivre dans un environnement paisible et sécuritaire.

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Vu (1): la reprise de la pièce Hosanna de Michel Tremblay au Centaur Theatre, dans le Vieux-Montréal. J’ai beaucoup aimé. Même si elles sont parfaitement positionnées dans le temps et dans l’espace, les histoires de Tremblay demeurent sans âge et sans frontières. Cette fois-ci, on ira pour assister à la superbe performance d’Éloi Archambaudoin dans le rôle-titre. C’est présenté – dans un anglais très accessible – jusqu’au 10 juin.

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Vu (2): Les chaises de Ionesco au TNM, dans une mise en scène de Frédéric Dubois. Ça aussi, j’ai bien aimé. Parce que ça va ailleurs, parce que ça nous oblige à mettre un certain effort et parce que Monique Miller et Gilles Renaud impressionnent encore et toujours. Faites vite, c’est à l’affiche jusqu’au 2 juin.

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Lu: De l’avantage d’être né (Boréal), un récit autobiographique de Jacques Godbout. La vie de l’auteur-cinéaste-essayiste, l’homme curieux aux yeux grands ouverts, ne manque pas d’intérêt. Je vous avouerai qu’en lisant son histoire, je me suis dit qu’il y avait de quoi être jaloux. Parce qu’il est né à la bonne époque – il l’admet lui-même d’emblée – et qu’il a vécu dans un contexte fertile où toutes les belles occasions semblaient lui tomber dessus comme une pluie d’automne. Cela dit, il n’en demeure pas moins qu’on ne compilera jamais assez de témoignages pareils pour comprendre ce que nous sommes devenus. Du Québec des années 1950 qui voulait voir ailleurs au Québec d’aujourd’hui qui affiche une sale tendance à vouloir se replier, Godbout était dans le feu de l’action ou assis aux premières loges. Brillant et toujours un brin cynique, l’homme n’a pas changé. Et c’est très bien ainsi.

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Lu et dévoré des yeux: La F1 à Montréal, un bien bel album photo sorti des lentilles de Bernard Brault, un grand, un très grand photographe qui travaille au journal La Presse depuis toujours. Je suis loin d’être un grand fan de courses automobiles et, malgré cela, je me suis régalé de ces images. De Gilles Villeneuve à Lewis Hamilton, en passant par la marmotte qui décampe plus vite que Ricardo Patrese au Grand Prix de 1989, il n’y a que Bernard Brault pour ainsi nous raconter quarante ans d’histoire.

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