Paul Chiasson/La Presse canadienne Martine Ouellet

Pendant que Martine Ouellet tirait ses jets de bave sur tout ce qui avait grouillé autour d’elle au cours de la dernière année au Bloc québécois, un chum m’a demandé par texto si j’avais déjà assisté à une pareille hérésie. Mon premier réflexe a été de répondre non, bien entendu. Que ce soit en politique, dans le milieu des affaires ou dans le monde du sport, jamais au grand jamais je ne me souvenais d’avoir vu quelqu’un faire des salutations de la sorte, avec autant de rage et de hargne. Et c’est précisément à ce moment-là que je me suis rappelé la légendaire sortie de Michèle Richard le jour où elle a annoncé qu’elle quittait la coanimation de la très psychotronique émission Garden Party, jadis diffusée sur les ondes du défunt réseau TQS. Vous savez, la fois où elle s’était autoproclamée «la reine de TQS» devant un parterre de sujets/journalistes aussi médusés que perplexes.

Tout y était passé: le harcèlement psychologique dont elle avait souffert sur le plateau de l’émission, l’hypocrisie machiavélique de son méchant collègue Serge Laprade, l’obstination de ce dernier à toujours vouloir se faire teindre les cheveux de la même couleur que les siens, et puis ci, et puis ça… Je me suis souvenu de ça et l’exutoire vindicatif de Martine Ouellet est soudainement devenu d’une troublante conformité. À la seule différence que dans son récit, c’est Mario Beaulieu qui avait repris le rôle de Serge Laprade, avec Gilles Duceppe qui officiait en tant que doublure dans la peau du méchant de service dans ce grand drame à coups de chausson.

Dans son très long point de presse, la dame a dit qu’elle avait vu le plus laid de ce qu’on pouvait voir en politique. Ça tombait bien, moi aussi, en la regardant, j’avais le sentiment d’assister à la plus laide et à la plus indigne des sorties imaginables. Appelons ça du donnant-donnant.

Dans une absence d’autocritique totalement surréaliste, Martine Ouellet a enfin quitté son poste de cheffe du Bloc québécois. Pas encore convaincue du malaise perpétuel qui entourait sa présence depuis le début, insensible à la grogne qui lui a fait perdre 70% de ses députés il y a trois mois, absolument certaine d’être la seule à marcher du bon pas, il lui aura fallu se prêter à un exercice on ne peut plus humiliant pour comprendre qu’une majorité des militants – les deux tiers, c’est énorme… – ne lui accordait plus la confiance nécessaire pour la garder plus longtemps dans sa chaise de leader. Cloîtrée dans son monde sans monde, elle a dû trouver le choc très brutal. Honnie par sa propre famille, Martine Ouellet a encore une fois rejeté la faute sur les médias qui avaient rapporté tant de faussetés sur son compte. C’est son affaire, elle peut dire ce qu’elle veut. J’imagine que ça fait moins mal de pointer le voisin que de se savoir désavouée par ses frères et sœurs.

N’ayant plus d’autre choix que de quitter un parti déjà en lambeaux, Martine Ouellet a appliqué à la perfection la politique de la terre brûlée. C’est hélas dans ce type de politique qu’elle performe le mieux. Quand tu es prise pour inventer un mot – le transparlementarisme – pour justifier ta condition de politicienne à deux ponts, c’est qu’il y a déjà quelque chose qui cloche quelque part dans ton engagement. Le reste est à l’avenant.

«La reine est morte, vive la reine!» C’est ce que Michèle Richard avait martelé le jour où elle avait quitté son show. À sa manière, Martine Ouellet a dit exactement la même chose hier.

N’oubliez jamais ce vieil adage: the queen can do no wrong.

Bien sûr que non: une reine, ça ne se trompe jamais…

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