Chris Young/La Presse canadienne Le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford, et son chef de cabinet, Dean French

Avez-vous été surpris de l’abandon du projet d’université francophone et de la dissolution du Commissariat aux services français en Ontario? Moi non plus! Après 151 ans de Confédération, on s’y fait quasiment. Le premier ministre Doug Ford l’a dit: ce n’est pas parce qu’il en a contre les francophones, bien au contraire, c’est juste que ses contribuables n’ont pas les moyens de se payer un tel luxe. Et vous savez comment ça se passe dans la business: quand ça va mal, il faut couper dans ce qui n’est pas essentiel. Et la francophonie canadienne ne l’est pas. Simple de même.

Les Franco-Ontariens viennent d’encaisser une autre claque en pleine face. Le genre de taloche qui te fait reculer d’un pas. Un autre. Depuis le temps que les francophones hors Québec sont repoussés jusqu’au bord de la falaise, il y a de quoi se demander quand, et non plus si, ils vont basculer dans le vide pour de bon.

Dans un rêve beau comme les Rocheuses, j’ai pendant un moment presque cru que la communauté anglophone se porterait à la défense de la minorité francophone dans ce triste dossier. Militants dans le sang et la mèche toute courte dès qu’on change une virgule de place, on sait combien les Anglais aiment prendre la défense des opprimés. Rappelez-vous l’affaire SLĀV de l’été dernier. Sauf que cette fois-ci, ça n’arrivera pas. La communauté anglophone aime choisir ses combats et l’étranglement des francophones en terre d’Amérique en est un qu’ils ne mèneront pas.

Pourtant, rappelez-vous le love-in au référendum de 1995 quand, venus d’un océan à l’autre, des milliers de Canadiens sont débarqués au centre-ville de Montréal pour nous dire à quel point ils nous aimaient, à quel point notre présence «exotique» leur était capitale, à quel point ça leur crèverait le cœur si on brisait ce Canada pourtant si inclusif. Ce jour-là, devant tant d’affection spontanée, j’ai cru qu’ils comptaient vraiment sur nous. Je me suis peut-être trompé.

Bien oui. Encore trompé…

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À Radio-Canada aussi on coupe. L’an prochain, les émissions Marina Orsini et Entrée principale ne seront plus au programme de la télé nationale à laquelle vous contribuez sans compter. Une question de recentrage vers les nouveaux médias et un investissement pour les émissions à grosse cote de la soirée, semble-t-il. Par le fait même, on vient d’annoncer la mise à mort pure et simple des émissions de jour à une antenne qui, en principe, devrait s’adresser à tous les auditoires à l’écoute de jour comme de soir.

Après des années de misère à essayer mille et une formules bancales pour meubler les cases horaires de début de matinée et de fin d’après-midi, on avait enfin trouvé la bonne recette. Exactement à mi-chemin entre le sérieux et le léger, sans jamais tomber dans le pointu ni le gna-gna. Cette décision est d’une tristesse infinie. Tant pour les artisans de la boîte (mine de rien, ils seront 16 à lever les feutres à la fin de la saison) que pour un auditoire qui a passé sa vie active à financer une télé publique qui devrait avoir comme premier souci de viser large. On en a une autre preuve : quand tu tombes à côté du public cible, tu tombes carrément en dehors du radar des décideurs. Injuste.

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Vu: la pièce Bilan, montée par Benoit Vermeulen au TNM. Est-il pertinent de reprendre une œuvre de Dubé en 2018? Oui, parce que Vermeulen a su exactement quoi faire avec cette pièce qui, entre mauvaises mains, aurait pu devenir une sombre caricature.

Outre la mise en scène, on a beaucoup aimé le ton juste assez décalé des acteurs (les étoiles du match vont au trio formé de Guy Jodoin, de Mickaël Gouin et de Rachel Graton) ainsi que le recours aux images tournées à la télé d’État dans le cadre de la série Le monde de Marcel Dubé. On recommande sans réserve. C’est jusqu’au 8 décembre.

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Entendu: Après, le nouvel album de Fred Pellerin. On ne dira que du bien de ces chansons et de cet homme sensible et touchant. Ces temps-ci, me semble qu’on en a besoin.

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