Vous connaissez le vieil adage : notre liberté s’arrête là où commence celle de l’autre. On pourrait traduire ça librement par : la place qu’on prend est habituellement tributaire de celle qui nous est concédée.

La semaine dernière, dans le Huffington Post, je lisais le billet d’une comédienne qui était en beau maudit après les sœurs Dufour-Lapointe qui avaient accepté de doubler des personnages (faire les voix) du prochain film d’animation de Disney dans sa version québécoise. Elle semblait aussi un peu beaucoup en calvaire parce que les sœurs s’étaient montrées enthousiastes de l’invitation du gros joueur yankee. On la comprend, ce n’est pas la première fois qu’une comédienne ou un comédien de métier s’insurge contre le procédé. Rappelez-vous la sortie de Christian Bégin sur le même sujet il y a quelques années.

Là où j’ai tiqué, c’est quand l’auteure du texte a bien pris soin de mettre en garde les trois sœurs de «la grogne» qui se faisait sentir dans les médias sociaux envers elles. Ça devait se passer en circuit fermé, je n’avais jamais entendu ou lu quoi que ce soit de grognon. En prime, elle émettait le souhait que la personne qui leur avait conseillé d’accepter cette malheureuse (!) proposition reste à leurs côtés pour les «aider à traverser l’orage» qui les attendait. Traverser l’orage? Dans mon langage à moi, on appelle ça de l’intimidation. Et c’est laid, très laid.

Oui, c’est tout à fait injuste de travailler pendant tant d’années pour voir des célébrités sportives ou autres nous passer sous le nez et décrocher des jobs à notre place. Mais qui a dit que le monde était juste?

Que le recours aux vedettes fasse suer n’a rien de nouveau. Dans les années 1930, ce sont des champions olympiques (Johnny Weismuller et Buster Crabbe) qui ont tenu le rôle de Tarzan au cinéma. Plus près de nous, Ginette Reno a elle aussi joué dans des films. Même Michel Chartrand – plus syndicaliste à principe que ça, tu meurs – a tenu un rôle dans Deux femmes en or. Avait-il volé l’emploi d’un comédien? On lui a offert le rôle (petit, mais quand même) parce que c’était LUI qu’on voulait avoir. La loi de la vedette du mois est peut-être injuste, mais elle est aussi tenace et elle ne s’effacera pas demain ni après-demain.

On peut pousser le raisonnement encore plus loin. Des individus qui ne devraient pas être là où ils sont, il y en a partout. Demandez à Pierre Foglia – LE chroniqueur de référence au Québec – qui a commencé dans le métier en étant typographe. Demandez à Patrice L’Écuyer, comédien de formation, qui anime des émissions à la télé et des quiz. On aurait également pu demander à René Lévesque, dropout en droit, pourquoi il avait ensuite épousé la carrière de journaliste-animateur et, éventuellement, celle de premier ministre de la province. Faudrait-il tous leur reprocher d’être des voleurs de jobs? Ben non.

La suite des choses appartient au niveau de compétence de l’imposteur concerné. Des fois, ça marche, des fois pas du tout. Le jugement des autres est impitoyable. Il ne tardera jamais à tomber en cas de catastrophe si la saveur du moment est mauvaise. Quand le principe de Peter s’avère juste, le grand tordeur se fait toujours aller.

En attendant, que devra faire la comédienne en maudit qui attend? Ben c’est ça, attendre. Plate comme tout mais ça arrive et pas seulement à elle.  Entre-temps, on est pogné pour prendre la job de quelqu’un qui la mériterait probablement plus que nous. Ainsi va la vie. Tellement frustrante, parfois.

On est tous l’imposteur d’un autre. D’un autre imposteur, ç’a l’air…

•••

La grande expédition en séries éliminatoires des Canadiens est maintenant terminée. On s’est bien amusés. On aura quand même remporté notre simili-Coupe Stanley à nous quand les boys ont éliminé les sans-génie de Boston. Le bonheur vous dites?

Au terme de la randonnée, on salue le travail de Subban, Price, Gallagher, Therrien, Bergevin, Weise et Tokarski. On les remercie surtout d’avoir ramené une chose qui était totalement sortie des radars du hockey depuis une vingtaine d’années à Montréal:  la foi en l’avenir. Parole de fan, c’est énorme.

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

Aussi dans Courrier des lecteurs :

blog comments powered by Disqus