Madame Pitou habite près de chez moi. En gros, je connais trois choses d’elle : elle a recueilli deux pitous abandonnés qu’elle promène chaque jour, elle doit avoir plus ou moins 70 ans et elle comprend le français même si elle ne le parle pas. Ah oui, c’est vrai, j’allais l’oublier : elle déteste le PQ et croit que le spectre de la séparation rôde plus que jamais autour de nous. Malgré ce qui me semble un léger problème de perception, Madame a tout à fait droit à son opinion.

Samedi, alors qu’elle passait devant chez nous sans ses chiens (c’est là que j’ai appris que son vénérable berger allemand n’en avait plus pour très longtemps…), Madame Pitou a quand même pris le temps de s’arrêter pour me demander si j’étais allé «payer mes respects» (traduction libre) à Jacques Parizeau. Son calcul était, bien sûr, d’une stupéfiante simplicité : je suis francophone, donc souveraineté, donc Parizeau, donc…

– Ben non Madame, je travaillais la nuit passée. Vous, êtes-vous passée faire un tour?

– MOI ? Me niaisez-vous?

– Pourtant, il fut un brillant économiste et tout le Québec a profité de son expertise unique en économie et en finances.

– Je m’en fiche. C’était un raciste et il était contre nous, les anglos.

– Oh, pas d’accord. Il n’était pas raciste et il a même déclaré un jour avoir envie de botter le cul de quiconque au Québec ne saurait parler l’anglais.

– C’est pas vrai! Je connais mon histoire. Le seul qui nous respectait, c’était René Lévesque. Lui, il nous aimait et il nous respectait. Pas ce maudit Parizeau!

– Dites-moi, quand il est mort, étiez-vous allée «payer vos respects» à René Lévesque?

Sur ce, dans un grand éclat de rire, Madame Pitou a viré les talons. Ses pitous, qui devaient mourir de faim, l’attendaient à la maison.

Peut-être que, dans 20 ans, Madame Pitou aura changé d’idée à propos de Jacques Parizeau. Comme elle l’a probablement fait pour René Lévesque. C’est fou comme le temps arrange parfois si bien les choses…

***

Vu (et à voir impérativement, si je puis me permettre) : Love & Mercy, un film troublant qui raconte deux tranches de vie du très troublé musicien Brian Wilson, le génie de la pop derrière l’œuvre des Beach Boys. L’histoire de cet homme, qui a fait rêver des générations de fans en inventant de toutes pièces une Amérique qui n’a jamais existé, arrache littéralement le cœur. Peu de films ont su montrer aussi bien la torture qu’impose la maladie mentale. Dommage, le film n’est présenté que dans une salle à Montréal. Alors, aussi bien la nommer, c’est au Cineplex Forum. Appelez-moi quand vous irez, je veux absolument le revoir.

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