Novembre 2025. Robert (nom fictif) vit seul dans son 4 ½ du ghetto McGill. Séduit par le beat du centre-ville, il en avait longtemps rêvé. Malgré cette proximité tant souhaitée, il ne sort presque plus. À l’aube de ses 73 ans, et plutôt étonné de s’être rendu jusque-là, ses affaires n’ont décidément pas tourné comme il l’avait envisagé. Sa santé a pris une plonge, ses ressources financières n’ont pas suivi le rythme de ses dépenses courantes et le stress qui est attaché à tout ça le dévore à petit feu. Sans parler de son entourage qui s’est effrité, tel un plafond de stucco qui avait fait son temps. Éternel plus jeune de sa famille, la dernière sœur qui lui restait est décédée l’an passé. Que sont ses amis devenus? Eux aussi, tous disparus. Morts ou bêtement perdus de vue en cours de route…

Robert est célibataire, sans enfants. On pourrait dire par choix. À la seule différence que c’est la vie qui a choisi à sa place. Pourtant, ce ne sont pas les amours qui ont manqué, loin de là. Quelques-uns furent même spectaculairement intenses. Mais aucun n’a su dépasser le cap des sept ans. Plate de même. En pleine jeunesse, l’idée que Robert se faisait de l’engagement était pour le moins aléatoire. Les années 1970-1980 se passèrent donc, pour lui et plusieurs autres, sous le régime du «prenez tout de suite, payez après». L’heure des comptes, comme qui dirait, a sonné depuis longtemps dans son cas.

Ça fait maintenant 10 ans que Robert habite au même endroit. Pas très bruyant et plutôt rangé, il peut passer inaperçu auprès de ses voisins. En fait, il est devenu parfaitement invisible aux yeux des autres. Un homme sans histoire, comme c’est souvent écrit dans le journal.

Privé de parenté, sans amis et presque déconnecté du monde qui l’entoure, qu’adviendrait-il de Robert s’il fallait qu’un jour une patente plate finisse par lui tomber dessus sans avertissement? Genre un AVC de merde qui le terrasserait d’un coup sec. Ou un infarctus, name it… Remarquez qu’il n’est pas le seul à se poser la question: il y a désormais autant de célibataires que de «en couple» au Québec, et la faiblesse endémique de notre taux de natalité a fait de plusieurs de nos aînés également des «sans enfants». Additionnez ces deux données, en ajoutant à ça l’espérance de vie qui allonge – ce qui n’est pas nécessairement toujours une grande nouvelle –, et vous allez comprendre que le phénomène des défunts esseulés n’est pas sur le point de disparaître, bien au contraire.

L’histoire que vous venez de lire est, bien sûr, hypothétique. Mais elle est plausible, voire probable. Qui sait, peut-être qu’un jour, Robert sera moi. Ou vous. Ce qui est aujourd’hui un fait divers deviendra-t-il, à un moment donné, un véritable problème de société? Ces jours-ci, cette question me pourchasse…

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Salut Georges-Hébert Germain. Au Salon du livre, cette année et toutes les autres années d’après, votre sourire engageant va tellement me manquer.

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Tout a été dit sur les événements de Paris. Je vais me contenter de crier le reste dans le silence…

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