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Ce n’est un secret pour personne: Donald Trump veut un mur à la frontière mexicano-états-unienne. Il le martèle depuis le lancement de sa campagne, en 2015, justifiant alors ce projet par la présence de violeurs, de trafiquants et de criminels en provenance du Mexique. Or, faut-il rappeler qu’un mur scarifie déjà le tiers de la frontière?

Le 6 avril dernier, Trump a réitéré ses propos de 2015 lorsqu’on l’a interrogé sur l’envoi de la Garde nationale en Californie, en Arizona, au Nouveau-Mexique et au Texas. Il a justifié cette décision en disant qu’un nombre sans précédent de migrantes non documentées sont victimes d’agressions sexuelles. Bien que non vérifiée, cette affirmation porte sur une réalité sombre de la migration: les violences à l’encontre des femmes. En 2014, on rapportait que 80% des femmes sont victimes d’une agression lors de leur migration.

Or, il ne faut pas se méprendre: ces propos ne découlent pas d’un intérêt soudain du président pour le bien-être des migrantes non documentées. Au contraire, l’envoi de la Garde nationale – 250 agents sont déjà déployés au Texas depuis lundi dernier et jusqu’à 4 000 seront dépêchés à la frontière jusqu’au 30 septembre – constitue une réaction à la migration d’un groupe de Centraméricains, dont un nombre élevé de femmes, qui fuient les violences et qui remontent le Mexique vers la frontière.

Les migrantes dans la mire de Trump
Depuis l’automne 2017, les attaques contre les migrantes non documentées se multiplient. Une directive interne a modifié les pratiques des agents de la police des frontières (ICE): les arrestations dans les palais de justice et les hôpitaux, autrefois considérés comme des lieux sécuritaires, sont aujourd’hui acceptées. Des migrantes non documentées demandant des mesures de protection contre un conjoint violent ont ainsi été la cible d’arrestations. Ces modifications ont été suivies par une diminution des dénonciations de violence conjugale et par le retrait de nombreuses plaintes.

Les attaques visent également les droits reproductifs des migrantes: de novembre à janvier dernier, quatre mineures non accompagnées se sont fait refuser l’accès à un avortement. Les contestations judiciaires ont mis en lumière la position du gouvernement quant aux droits des migrantes: leur statut migratoire peut justifier la privation du droit à l’avortement, le gouvernement s’appropriant le contrôle de leur corps. De plus, depuis décembre, 506 femmes enceintes ont été détenues par l’ICE à la suite de la révocation d’une directive limitant la détention des femmes enceintes.

Protéger pour mieux attaquer
Utilisant d’un côté le vécu des femmes pour justifier un renforcement de la sécurité à la frontière, Trump autorise l’instauration de pratiques affectant leur bien-être physique de l’autre. Lorsqu’il évoque les violences envers les femmes comme justification à la poursuite de la construction d’un mur et à l’envoi de la Garde nationale, il instrumentalise une violence réelle subie par les migrantes non documentées. Loin d’être le fait exclusif de criminels présents des deux côtés de la frontière, ces violences découlent également de politiques migratoires états-uniennes qui exacerbent à la fois les risques liés à la migration et la vulnérabilité des femmes.

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