Ça y est, j’ai votre attention? Bien! Creusons le sujet ensemble.

Dans le cadre de mon blogue URelles, je rencontre beaucoup de femmes. Elles sont inspirantes, fascinantes, toutes intéressantes. Elles ont des traits communs. Lorsqu’on parle de se lancer, «le grand saut», elles doutent, elles font énormément de recherches, elles traversent de longues périodes de réflexion, de questionnements. Elles ont l’air de toujours prendre en considération leur environnement -conjoint(e), enfants, amitiés, etc.- avant de prendre une décision qui pourrait radicalement changer et ceux autour d’elles. A contrario, j’observe que les hommes agissent d’abord et s’accommodent des conséquences après.

J’ai donc voulu savoir pourquoi et comment expliquer ces différences.

J’ai rencontré Marie-Thérèse Chicha, Ph.D, lauréate du prix du Gouverneur général du Canada en commémoration de l’affaire «personne», professeure titulaire à l’École de Relations industrielles et titulaire de la Chaire en Relations Ethniques à l’Université de Montréal.

Qu’est-ce qui motive les femmes à se lancer en affaire?
L’effet d’éviction. Elles rencontrent des obstacles et des difficultés sur le marché du travail. Elles ont des compétences, mais elles ne peuvent pas les mettre à profit parce que les employeurs sont réticents à les embaucher. Il y a aussi les conditions de travail difficiles comme des salaires inférieurs à ceux de leurs collègues masculins. Ces facteurs les poussent hors du marché du travail en tant que salariés et elles décident donc de s’établir à leur propre compte.

Donc les femmes sont «obligées» à se lancer en affaire?
L’effet d’éviction est plus présent chez les femmes que les hommes. Les femmes ont plus de difficultés à gravir les échelons et à trouver un travail à la mesure de leurs ambitions. Il a été constaté que les femmes entrepreneures créent leur entreprise en réponse aux obstacles qu’elles rencontrent. Ces entreprises sont généralement de petites entreprises.

Pourquoi ça?
Elles se situent souvent dans des secteurs économiques qui sont des prolongations de leur socialisation ou des compétences qu’elles ont acquis dans leurs obligations familiales: cuisine, couture, etc. Elles sont plus sensibles aux besoins des autres femmes d’où la création d’un service de traiteur par exemple. Ce genre d’entreprises ne peut pas prendre d’énorme expansion, elle restera petite. Ce sont des niches.

Est-ce volontaire de rester petit ou les femmes s’empêchent d’avoir un travail «trop» prenant car il faut s’occuper de la famille?
Oui, s’occuper de la famille peut être un facteur. Mais il y a également le fait que les femmes ont de la difficulté à aller chercher des capitaux qui leur permettrait une expansion importante.

Est-ce que la défaite d’Hillary Clinton aura un impact sur la décision des femmes de se lancer en affaire?
Oui, dans le milieu du travail et dans l’accès aux postes supérieurs. J’ai déjà entendu des commentaires là-dessus. Son parcours a été tellement difficile, elle a dû endurer tellement d’insultes, de coups bas, je pense que d’autres femmes vont réfléchir avant de se lancer dans ce genre d’aventure. C’est mon hypothèse qu’elles pourraient être refroidies. J’ai déjà entendu des femmes ayant une position de cadre supérieure qui se demandent si ça vaut vraiment le coup de passer à travers tout ça pour après se faire évincer par quelqu’un d’aussi incompétent. C’est très douloureux parce que rencontrer autant d’embûches, avoir fait autant d’efforts, pour en bout de ligne se faire écarter… Je ne suis pas sûre que ça n’aura pas un effet négatif dans l’immédiat, tant que c’est très vif dans l’esprit des femmes.

Quelles sont les forces des femmes en affaire?
Elles ont beaucoup de détermination. Quand elles ont décidé de faire quelque chose, elles vont aller jusqu’au bout. Elles sont bonnes dans les relations et dans la coopération. Elles ont souvent eu des parcours difficiles, ce qui a développé chez elles une résilience forte.

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