Getty Images/iStockphoto

Exiger et obtenir la parité homme-femme à un événement est toujours un défi de taille. Il faut que les organisateurs soient conscientisés à inviter autant de femmes que d’hommes, il faut trouver les intervenantes et enfin, les convaincre d’accepter.

J’ai récemment échangé par courriel avec le président de eCOM, Stéphane Ricoul. Le eCOM, c’est deux jours de conférences et d’ateliers sur le commerce électronique à Montréal. Je n’y suis jamais allée, mais c’est un événement connu et reconnu dans l’industrie. On peut lire sur leur site web que «dès sa troisième édition, eCOM est devenu l’un des plus importants rassemblements du monde numérique à Montréal».

En consultant la programmation – non finale –, j’ai remarqué une inégalité dans le ratio femme-homme de l’événement de septembre prochain et j’ai voulu en connaître la cause. M. Ricoul m’a expliqué que le comité organisateur a une parité parfaite, la direction générale des événements relèvent de femmes, l’événement est soutenu par Diane Brisebois, Lidia Divry, et Dominique Anglade, et pour finir, les actionnaires de l’entreprise sont deux femmes et deux hommes. Au sujet du nombre inégal expert/experte, voilà ce qu’il m’a répondu: «Nous misons sur le contenu présenté sur scène (donc le sujet) et nous ne souhaitons pas faire de distinction homme-femme à ce niveau (exemple: c’est à Marie-José Lamothe, directrice générale de Google Canada que nous avons demandé une personne pour nous parler d’intelligence artificielle. Son choix [s’est] porté sur un homme).»

Des conférences qui n’ont pas la parité dans leurs intervenants, ça arrive très souvent, comme le rappelle la page Facebook «Décider Entre Hommes». Le eCOM est l’exemple le plus récent que j’ai trouvé, mais dans les faits, c’est à peu près tous les événements organisés qui sont inégalitaires. Je ne leur jette pas la pierre, ils me donnent l’opportunité d’écrire ce billet et de donner la chance aux futurs organisatrices/eurs de changer la donne.

Je comprends la volonté d’avoir la personne la plus pertinente pour parler d’un sujet à un événement, mais je ne suis pas d’accord avec ce raisonnement.

Il est vrai que les hommes dans le domaine de la technologie sont plus nombreux que les femmes – on pourrait avancer une proportion de 80/20 environ. Ils ont donc une probabilité plus grande d’être choisis. C’est facile de trouver un expert, mais c’est plus dur que trouver une experte.

L’importance des modèles est un fait. Si plus de femmes montent sur scène alors plus de femmes auront envie de monter sur scène. Imaginez aller à des événements et constater, à chaque fois, que les experts sont toujours des hommes, c’est facile de penser que la norme ce sont les hommes. «S’il n’y a jamais de femmes, il doit bien y avoir une raison». Non, il n’y a pas de raison.

Il existe plusieurs femmes au Québec capables de s’exprimer sur un sujet techno. Il y a même des listes qui circulent. D’abord, il y a eu nos collègues de Radio-Canada avec le RC Lab puis, plus récemment, un groupe Facebook «Les filles du web», qui comprend une liste de femmes selon leurs compétences, a été créé. Vous pouvez également poser votre question au Slack consacré aux femmes en tech à Montréal qui compte 265 membres.

Une explication que j’entends régulièrement pour justifier une non-parité à un événement: «J’ai demandé à plein de femmes de participer, mais la majorité a dit non», comme me l’a indiqué Jeremy Xu, membre organisateur de She Loves Tech , mais également Béatrice Couture, directrice de l’accélérateur InnoCité. Ce qui veut dire que si vous avez la volonté d’avoir la parité, vous allez probablement devoir demander à vingt femmes pour obtenir cinq «oui».

Certes, il peut être difficile de convaincre les femmes de participer. J’ai moi-même déjà hésité avant de participer à des événements publics: le doute, la remise en question, le syndrome de l’imposteur, etc. Je me suis faite violence. Ce n’est pas vraiment dans notre nature de nous mettre de l’avant.

Ce n’est pas facile non plus de prendre la parole lorsqu’on est une femme. Il y a les commentaires sexistes, misogynes et dans les pires des cas, les menaces de mort. Au Québec aussi ça existe: vous vous souvenez du tweet haineux envers Léa Clermont-Dion? Ça vous donne envie de vous exprimer en public, vous?

Vous mesdames, à qui on offre d’intervenir en tant qu’experte, faites-vous confiance et acceptez! Mettez de côté vos doutes, c’est parce que vous êtes bonnes qu’on s’intéresse à vous. Si vous n’êtes pas satisfaites de la situation, c’est votre chance de la changer. En disant oui, vous créez un précédent, pour vous et pour toutes les femmes qui vous écouteront.

Aussi dans URelles :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!