Début 2017, un nouveau type de site de divertissement pour adultes voit le jour et fait grand bruit: Bellesa. Il s’agit de la pornographie féministe destinée aux femmes. Pour vous donner une idée de la popularité du site et de son sujet, il reste à ce jour mon article le plus lu sur le site de Métro, un des plus lus du site en 2017 et celui par qui les gens que je rencontre dans la vraie vie m’identifie.

J’ai été séduite par la volonté de la fondatrice, Michelle Shnaidman, d’offrir une plateforme de pornographie qui comprend les désirs et les envies des femmes, sachant que les sites habituels, les productions, les réalisateurs des films pour adultes sont très largement des hommes. C’est une aberration de penser que ces films sont produits par des hommes qui s’imaginent comprendre la sexualité des femmes!

Le mois dernier, le site français Le Tag Parfait faisait remarquer que Bellesa n’était en rien féministe et n’aidait pas du tout la cause des femmes dans l’industrie pornographique: «En regardant de plus près, on découvre que le site n’est en fait qu’un agrégateur de tubes qui met à la disposition des intéressées une sélection de scènes pour femmes en provenance du tube porno SpankBang. Si la sélection est rigoureuse, elle l’est aussi sur un point bien précis: l’équipe derrière Bellesa s’attèle à ne sélectionner rigoureusement que des vidéos volées. Aucune ne provient de contenu (légal) promotionnel ou d’amateurs vérifiés.» Bon, certes le site Le Tag Français a un agrégateur de vidéos pornographiques lui-même et donc un intérêt financier dans cette dénonciation, mais il a tout de même un bon point: les actrices ne sont pas rémunérées pour l’utilisation de leurs vidéos sur Bellesa, alors que le site voit son trafic grimper «d’un million de nouveaux utilisateurs par mois», selon sa fondatrice.

Face à ce scandale médiatique, Michelle Shnaidman a décidé de faire son mea culpa «J’ai eu le cœur brisé quand j’ai appris que Bellesa était en pleine controverse. Ce sont ceux qui ont été touchés que je veux atteindre. La chose la plus importante est de redresser le navire et coller fidèlement à notre mission de responsabilisation auprès des femmes».

La solution qu’elle a trouvée est un partenariat avec les studios Mile High Media avec lesquels, une nouvelle entreprise voit le jour: Bellesa Productions. La fondatrice explique le fonctionnement:« Nous invitons nos membres à nous envoyer leurs fantasmes afin que nous puissions en faire une réalité. Les membres de notre communauté peuvent nous dire quel genre d’histoires elles aimeraient voir, quels artistes elles veulent voir jouer, quel type de scénario elles souhaitent voir. Tout ce qu’elles ont à faire est de nous écrire et nous produirons ces vidéos.»

Selon Mme Shnaidman, ce partenariat redonne le pouvoir aux femmes en construisant un produit haut de gamme qui s’adresse au marché féminin. «En ayant notre propre système de production, nous pouvons nous assurer que toutes les artistes sont payées, que l’environnement est sûr et respectueux pour nos collaborateurs et que le contenu que nous produisons reflète la vision de notre communauté sur ce que devrait être le sexe sur l’internet en 2017», explique-t-elle.

Un nouveau ajout au site de Bellesa est la section Premium, payante, pour accéder aux vidéos produites sous Bellesa Productions. Comprenant que les visiteurs du site ne sont pas tous prêts à payer, une alternative gratuite est offerte qui ne devrait pas être les vidéos qui étaient précédemment sur le site. Comme le dit la fondatrice: «La section de vidéos gratuites sur Bellesa sera alimentée par le contenu des sociétés de production avec lesquelles nous sommes partenaires.»

Le pivot enclenché par Bellesa rappelle le modèle d’affaires de la pionnière en matière de pornographie féministe: Erika Lust, native de Suède, mais vivant et travaillant en Espagne depuis des années. Elle est productrice, réalisatrice et scénariste de films porno destinés aux femmes. Elle a écrit plusieurs livres et a gagné de nombreux prix. Erika Lust produit de courts films pornographiques basés sur des histoires provenant de la communauté. Des confessions anonymes sont déposées sur le site web et chaque mois, il est proposé deux histoires tournées en courts métrages et de qualité cinématographique. L’accès à ces vidéos se fait à travers un abonnement payant.

La volonté d’offrir une pornographie adaptée aux femmes reste une noble cause et a le mérite de souligner que les femmes et les hommes n’ont pas la même sexualité, ce qui est important d’être (enfin!) comprises par tous en 2017. Il reste qu’on ne peut pas parler de pouvoir aux femmes lorsqu’elles ne sont pas en contrôle de leur corps et ne sont pas rémunérées pour leur travail. Quelque soit ce travail! Tout comme il en va pour les artistes musicaux ou les pièces de théâtre ou les vêtements que vous portez: si vous aimez, alors payez!

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