Nadine Boulianne est fab manager, ou concierge en français, ce qui consiste à coordonner le lieu, le seul FabLab à Rivière-du-Loup et le seul dans la région du Bas-Saint-Laurent.

Mais avant d’aller plus loin, précisons ce qu’est-ce qu’un fab lab. Un fab lab (contraction de «fabrication laboratory») est un lieu où on fait, on crée, on réalise des choses. On y trouve des ordinateurs avec des logiciels et des solutions libres et open source ainsi que des imprimantes 3D par exemple. L’ensemble des fab labs du monde sont régis par le MIT (Massachusetts Institute of Technology) et la FabFoundation2 et suivent des règles strictes, tels que le partage libre d’espaces, de machines, de compétences et de savoirs. Les membres fondateurs d’un fab lab sont appelés des fabbulleux et sont partie prenante des décisions qui sont prises.

Le Fabbulle de Rivière-du-Loup a, lui, ouvert officiellement en avril 2017, mais il était en préparation depuis deux ans. Nadine raconte: «Le tout a commencé tranquillement avec l’arrivée de la première imprimante 3D qui nous a été généreusement donnée par M. Tom Franck, un professeur à la retraite qui trouvait important que les étudiants aient accès à cette technologie. Nous avons ensuite rassemblé une communauté composée principalement de geeks de la culture et du numérique, avec qui nous avons défini collectivement le projet. Aujourd’hui, nous sommes fiers de faire partie de la communauté internationale des FabLabs et d’être un des rares à opérer en milieu collégial au Québec! Les FabLabs sont assez récents ici au Québec. La plupart du temps, on les voit dans des lieux ouverts à la communauté comme des bibliothèques ou des centres communautaires. C’est nouveau de les voir apparaître dans les milieux d’éducation.»

Comment t’es-tu retrouvée directrice d’un FabLab?
Je fais partie des membres fondateurs (je suis donc fabbulleuse) et je m’implique beaucoup dans le projet depuis ses débuts. Nous avons aussi réalisé un Muséomix en 2016 où j’étais la chef des Labs. J’ai pu alors démontrer ma capacité de mobilisation et de gestion de projet. Travaillant déjà au cégep, quand est venu le temps de chercher un «Fab manager» j’ai vite soumis ma candidature et à mon grand bonheur, elle a été acceptée. J’ai toujours aimé la création et les processus qui s’y rattachent. Le FabLab est l’endroit idéal pour côtoyer différents individus qui ont chacun leurs processus respectifs.

C’est beau pour la manager que je suis de faire apparaître des étoiles dans les yeux des utilisateurs. Je me sens aussi privilégié de participer à l’«encapacitement» (traduction de empowerment) des citoyens et de créer des réseaux de collaboration.

Tu viens du milieu artistique, mais également technologique, à lequel t’identifies-tu le plus?
Très bonne question! Je pense que c’est le côté artistique qui m’a amené à la techno. J’ai toujours aimé faire les choses par moi-même, créer de pièces originales même avant l’arrivée massive des technologies dans nos vies. Quand les technos ont commencé à arriver, ça a piqué ma curiosité assurément. Il faut dire que je ne connais pas tout non plus, je ne suis pas codeuse par exemple. Par contre, je sais bien m’entourer et j’adhère au dicton: plusieurs têtes valent mieux qu’une! C’est aussi ça, la beauté des FabLabs, le travail en collaboration et le partage de connaissances. Ce qui fait que l’on peut venir y réaliser des projets sans avoir toutes les connaissances requises normalement pour le faire, mais bien de les apprendre tout en réalisant notre projet.

Quelle est la réception du public/des jeunes au FabLab?
Les jeunes adorent les technologies disponibles au FabLab. Des jeunes d’une école secondaire sont déjà venus fabriquer des objets promotionnels qu’ils avaient eux-mêmes prototypés. Ils ont réalisé des portes-écouteurs/téléphone cellulaire. Il y a une grande fierté à voir ton projet adopté par toute ton école. Les étudiants en graphisme l’utilisent aussi dans plusieurs projets (matrice d’embossé, design d’emballage), d’autres fabriquent des jeux sur mesure (Gestion et intervention en loisir). D’ordinaire, une fois qu’on y a mis les pieds, on ne souhaite qu’y retourner!

Pourquoi c’est important d’avoir un lieu où on fait au sein d’un cégep? Qu’est-ce que ça apporte à la ville?
C’est très important à mon avis de former les «citoyens du futur» aux outils technologiques, à la cocréation, à l’apprentissage par les pairs et au partage des connaissances. Il s’agit de les mettre en contact avec les compétences du 21e siècle et de les outiller de manière à pouvoir réaliser un projet de sa phase d’idéation en passant par le prototypage jusqu’à la réalisation concrète d’un produit. Ici, on travaille sur l’encapacitement des individus. Du côté de la ville, les entreprises peuvent aussi utiliser l’espace comme laboratoire de recherche et développement sans avoir à s’équiper elles-mêmes, c’est une alternative très intéressante, surtout pour des PME. De plus, nous avons organisé le Fabbulleux-Mix, un blitz de c0création de 48 heures où les entreprises étaient invitées à nous soumettre un défi auquel nous allions prototyper une solution. Concrètement, trois des six solutions proposées seront implantées dans la prochaine année. Le Fabbulle étant un espace communautaire et collaboratif, il reste primordial qu’il réponde à la fois au besoin des collégiens et de la communauté louperivoise.

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