Chloé Freslon Arwa Mahdawi

Arwa ne manque pas d’humour et c’est tant mieux, car c’est l’arme qu’elle a choisie pour faire passer son message: la nécessité de la diversité dans les entreprises. La jeune femme est écrivaine et chroniqueuse pour The Guardian. Elle s’est fait connaître en 2016 en créant Rent-A-Minority, un site évidemment humoristique se moquant des entreprises qui font des minorités des tokens. On peut y lire des phrases du genre «Nous avons une minorité pour toutes les occasions», ou encore «Rent-A-Minority est un nouveau service révolutionnaire conçu pour les moments “oh-merde” où vous réalisez que votre soirée, panel ou conférence est entièrement composé d’hommes blancs.»

Une semaine après le lancement, le site avait reçu 90 000 visites. Des médias du monde entier se sont également intéressés à elle.

Le site Rent-A-Minority a été lancé en 2016, y a-t-il eu un changement dans la perception des gens depuis #moiaussi?
Non pas vraiment. Je n’ai pas vu de changement depuis #moiaussi, mais c’était en 2016 et je me serais attendue à ce que la société ait évolué dans ces 2 dernières années et que le site soit moins pertinent. Mais c’est devenu encore plus pertinent. Je parle encore des mêmes problèmes.

#moiaussi a apporté plusieurs excellentes choses, mais également le genre de commentaires d’hommes, par exemple «Oh maintenant je ne peux même pas serrer dans mes bras une femme au bureau». Ce n’est évidemment pas vrai du tout, c’est frustrant que le sens commun de certains ait complètement pris le bord.

Vous utilisez beaucoup l’humour pour faire passer votre message. Est-ce une arme efficace?
La situation des minorités en entreprise est quelque chose qui me mettait très en colère. Dans ce genre de situation, soit on reste en colère, soit on essaie de faire quelque chose et l’humour me permet ça. Il y a peu d’humour autour de la diversité et je pense que beaucoup de personnes ont trouvé ça différent et rafraichissant. C’est une bonne façon de briser la glace pour un sujet qui pourrait être lourd.

On sait qu’en termes de diversité, il faut se mettre des objectifs clairs et les rendre publics. Pourquoi si peu d’entreprises le font?
Parce qu’elles font un mauvais travail! Elles ont peur, évidemment! Les entreprises focus sur des chiffres: «Ayons xx nombres de femmes», ou «Nous voulons xx nombres de diversités». Il faut avoir une volonté de changer sa culture en profondeur, sinon ces personnes que vous aurez attirées ne resteront pas.

Quelle serait l’action numéro un qui aurait le plus d’impact parmi le mentorat, les modèles de rôle ou encore le sponsorship?
D’abord on ne devrait pas avoir à choisir juste une seule action, car c’est en mettant en place un ensemble d’actions qu’on réussit à atteindre un résultat. Si je devais vraiment en choisir qu’une seule, je choisirais changer la façon dont on aborde la diversité. S’assurer que tout le monde est impliqué dans le fait que la diversité est bonne pour les affaires. De cette façon, ça ne ressemblera plus à une obligation, mais à un but commun à atteindre.

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Arwa Mahdawi est conférencière à la conférence sur l’innovation et la créativité, C2, qui se tenait cette semaine à Montréal.

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