Une chercheuse de l’université de Genève a analysé le fameux test de Turing. Elle en conclut qu’il est anti-femme.

En 1950, un célèbre mathématicien du nom d’Alan Turing élabore un test qui continue d’être utilisé près de 70 ans plus tard. Le test cherche à savoir si une machine a la capacité de se faire passer pour un humain. Si un humain ne peut pas détecter qu’il s’adresse à une machine en discutant avec elle, alors le test est réussi et la machine a «gagné».

Voilà comment Turing a élaboré son test au départ.

Imaginez trois salles, chacune connectée via un écran d’ordinateur et un clavier aux autres. Dans une pièce se trouve un homme, dans la seconde une femme et dans la troisième, une personne désignée «le juge». Le travail du juge consiste à décider laquelle des deux personnes qui lui parlent par ordinateur est l’homme.

Lors de la première phase du test, qui n’est pas utilisé aujourd’hui, l’homme essaie d’aider le juge, en offrant toutes les preuves possibles pour prouver son caractère humain. Le travail de la femme est de tromper le juge, dans l’espoir que le juge l’identifiera à tort comme étant l’homme.

On notera dès le départ comment la femme est dépeinte comme perfide. Elle n’est là que pour tromper l’homme.

Lors de la deuxième phase du test, Alan Turing remplace l’homme par un ordinateur à l’insu du juge. Le but est maintenant de découvrir qui est l’ordinateur et qui est la femme.

Pourquoi Turing décide de remplacer l’homme, et pas la femme?

Isabelle Collet, chercheuse et professeure à l’université de Genève, informaticienne scientifique, qui a soutenu en 2005 un doctorat en sciences de l’éducation à l’Université Paris-Ouest Nanterre La Défense sur La masculinisation des études d’informatique, explique que «pour Turing, la femme […] ne peut pas se faire passer pour un homme, cela ne prendra pas. L‘homme, en revanche, lui, le peut. L’ordinateur a juste à être au niveau de la femme.»

Eh oui! Tout le monde sait qu’une femme est tellement écervelée qu’elle ne pourrait jamais arriver à se faire passer pour quelqu’un d’autre! Et surtout pas un homme!

Vous trouvez que j’exagère? Alan Turing ne pouvait pas vraiment penser ça?

Voilà ce qu’il aurait déclaré selon ce que rapporte Isabelle Collet : «Quand une femme parle, j’ai l’impression qu’une grenouille jaillit de sa bouche.»

Cela ne me ressemble pas aux propos d’un homme ayant beaucoup de respect pour le genre opposé.

Pourquoi parle-t-on d’un test vieux de près de 70 ans? Parce qu’il est encore utilisé et valable aujourd’hui.

Le test de Turing est une étape encore essentielle lorsqu’on évalue l’intelligence artificielle (IA). Dans une entrevue de 2017 avec The Wired, Ray Kurzweil, qui dirige un groupe de recherche en écriture automatique en collaboration avec Gmail, raconte ce qu’il pense du test de Turing. «Je crois que le test de Turing est un test valide pour évaluer l’ensemble de l’intelligence humaine. Vous avez besoin de toute la souplesse de l’intelligence humaine pour réussir un test de Turing. Il n’y a pas de truc simple de traitement du langage naturel que vous pouvez faire pour y parvenir. Si le juge humain ne peut pas faire la différence, nous considérons alors l’IA comme une intelligence humaine.»

Certes, le test de Turing dans sa version initiale n’est plus utilisé de nos jours, mais les propos d’Isabelle Collet me rejoignent lorsqu’elle dit qu’il s’agit «d’une bonne indication de ce qu’un des pères fondateurs de l’informatique considéraient comme intelligence. Cette intelligence n’était pas chez les femmes.»

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BONUS
J’ai lancé cette semaine le premier épisode d’une baladodiffusion consacré aux femmes en technologie: «URelles, le podcast». Il s’agit de la première balado qui traite des femmes en technologie au Québec. Dans un format table ronde avec des chroniqueuses, les épisodes durent une trentaine de minutes. Il peut intéresser tous ceux et celles qui souhaitent mieux comprendre la problématique de la sous-représentation des femmes.

À écouter ici:
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