Fondé par Bill Hewlett et David Packard en 1966, le laboratoire de recherche HP Labs n’a rien d’un centre de recherche et développement conventionnel. Au lieu de s’attaquer à concevoir les appareils électroniques de la prochaine mode, ses chercheurs se concentrent depuis 50 ans à faire de la recherche à long terme, sans avoir à se soucier des problèmes quotidiens d’une entreprise techno.

Voici un compte rendu des cinquante dernières années de l’institution, et surtout un aperçu des décennies à venir.

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Les lumières DEL, la calculatrice programmable, l’impression à jet d’encre, les graphiques 3D, voilà quelques-unes des technologies sorties tout droit des HP Labs au fil des ans. L’institution a pignon sur rue à Palo Alto, dans l’ancien siège social de l’entreprise, et possède aussi une branche à Bristol, en Angleterre.

Les laboratoires se trouvent à quelques mètres seulement de l’ancienne salle du conseil d’administration et des bureaux des cofondateurs de HP Bill Hewlett et David Packard, qui ont été préservés tels qu’ils étaient au départ des dirigeants. Des pièces d’une autre époque, qui rappellent l’esthétique de la série Mad Men, où il est encore possible de feuilleter le calepin de notes de Bill Hewlett, simplement posé sur son bureau.

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Ces locaux datent de 1960, mais ce n’est que quelques années plus tard, le 1er novembre 1966, que HP Labs ouvre officiellement ses portes. « David Packard nous avait donné une seule consigne: ne faites surtout pas d’ordinateur », se souvient Charles House, un chercheur aujourd’hui à la retraite, qui a commencé à travailler chez HP en 1962. Le cofondateur de l’entreprise qui créait à l’époque principalement des instruments de mesure ne voulait surtout pas vexer IBM, un de ses principaux clients.

« Notre premier produit a été présenté le 7 novembre suivant. C’était le HP2116A, un ordinateur », lance Charles House en riant, avant d’ajouter que le travail sur l’appareil avait bien sûr débuté longtemps avant l’ouverture du laboratoire.

Écouter parler celui que ses confrères appellent Chuck est un exercice d’humilité inhabituel. Non seulement sa mémoire encyclopédique impressionne, mais l’entendre parler des projets auxquels il a collaboré donne l’impression d’écouter quelqu’un raconter non pas sa propre histoire, mais l’histoire des sciences dans la deuxième moitié du vingtième siècle au grand complet.

Au fil de sa carrière, Charles House a contribué au lancement de plus de 12 nouvelles catégories de produits.

D’une poignée de chercheurs seulement au départ, HP Labs dénombre maintenant une centaine de scientifiques, dans des domaines aussi variés que la microfluidique, le génie physique, la chimie et la biologie.

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« HP Labs était surtout un laboratoire de recherche appliquée, mais à mesure que la compagnie a grossi, elle a eu besoin de faire des percées dans des domaines plus fondamentaux, comme la physique et la chimie », précise Keith Moore, chercheur émérite chez HP, à la tête du laboratoire Print Adjacencies and 3D.

À l’affut des mégatendances
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HP a récemment ouvert les portes de certains de ses laboratoires en Californie pour célébrer le cinquantième anniversaire de HP Labs. Si on fait abstraction des centaines de brevets affichés aux murs et des papiers collés aux fenêtres pour protéger certains laboratoires des regards indiscrets des journalistes, les corridors rappellent ceux de n’importe quel centre de recherche universitaire.

La recherche qui s’y fait peut sembler éparpillée, surtout lorsqu’on visite successivement un laboratoire d’impression 3D, un autre de sécurité informatique et un troisième de biologie moléculaire. Mais il y a quand même une certaine direction qui unit ces champs variés. Au HP Labs, toute la recherche tente en fait de répondre aux besoins qui émergeront dans les trente prochaines années.

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« On observe la société, et on essaie de voir où elle se dirige », explique Shane Wall, chef de la technologie chez HP Inc. L’entreprise imagine alors des « mégatendances », une stratégie populaire chez les industries du genre, et organise ensuite sa recherche en essayant de répondre aux besoins qui émergeront de ces tendances.

« Lorsqu’on regarde les trente prochaines années, il y aura une urbanisation rapide. De 10 mégavilles dans le monde en 1991, il devrait y en avoir 50 dans 30 ans. Principalement en Chine et en Inde, mais aussi en Afrique », donne en exemple Shane Wall.

La société devrait aussi connaître de grands bouleversements démographiques, avec 97% de la croissance qui se fera dans les pays en développement, et plus de 50% de la population qui aura plus 50 ans d’ici 2046. « Ces personnes auront des attentes par rapport à leur qualité de vie », estime Shane Wall.

Parmi les autres mégatendances à prévoir, le chef de la technologie mentionne également l’ « hyper mondialisation », où les gens vont s’attendre à ce que les produits se déplacent pratiquement à la même vitesse que les idées aujourd’hui à l’ère d’Internet, et où plus de la moitié des compagnies du palmarès Fortune 500 seront situées à l’extérieur des États-Unis.

HP Labs concentre ses travaux en différents axes pour répondre à ces mégatendances, comme la « fabrication numérique », pour permettre la décentralisation des procédés de fabrication, l’« Internet de tous les objets », la microfluidique (un moyen pour HP de profiter de son expertise dans l’impression dans d’autres domaines) et l’ « hyper mobilité ».

« L’hyper mobilité est une façon de se détacher des téléphones et des tablettes qu’on utilise constamment », précise Shane Wall, qui imagine plutôt un futur où la technologie sera « sur notre corps, ou dans notre corps ».

Plusieurs laboratoires de HP Labs étudient d’ailleurs les comportements humains, comme le laboratoire d’expériences immersives de Mirjana Spasojevic.

« Nous fabriquons des choses, nous les mettons entre les mains de personnes et nous observons leurs réactions dans leur environnement naturel », explique la chercheuse, dont l’équipe d’une douzaine de personnes rassemble des ingénieurs logiciels et matériels, mais aussi des gens issus de domaines comme le design et la sociologie.

Son laboratoire s’inspire beaucoup des mégatendances pour concevoir ses expériences. Récemment, son équipe a par exemple tenté de voir comment il pourrait être possible de permettre aux familles de se sentir plus près, sans être directement connectées. « Nous pensons beaucoup aux grands-parents qui seront séparés de leurs petits-enfants. Nous cherchons comment faire pour aider ces relations », ajoute Mirjana Spasojevic.

Ses travaux peuvent ensuite être publiés dans des articles, ou encore inspirer les autres groupes de travail chez HP, notamment ceux qui sont plus près de la recherche et du développement.

L’émergence de l’impression 3D
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Une grosse partie de la recherche chez HP Labs est axée sur l’impression 3D, un domaine en lequel la compagnie a de grandes attentes.

HP a lancé ses premières imprimantes 3D professionnelles récemment, mais le genre pourrait s’améliorer rapidement, grâce notamment à l’ajout de nouveaux matériaux avec lesquels il sera possible d’imprimer des objets.

La plupart de ces matériaux ne seront pas fournis par HP, mais par d’autres entreprises, qui profiteront d’un « kit de développement matériel », une façon pour HP d’ouvrir sa plateforme d’impression aux autres, de la même façon qu’Apple avait ouvert son iPhone en permettant aux développeurs tiers d’y installer des applications.

Pour Keith Moore, les matériaux sont l’un des trois grands axes de recherche de l’impression 3D présentement, en plus de la constance du procédé et des façons qu’il faudra trouver pour décrire les composantes qui seront créées avec les imprimantes.

Ce n’est qu’une fois que ces éléments seront en place que la prochaine révolution industrielle pourra se mettre en place. Une révolution où les moyens de production seront décentralisés, et qui sera, c’est du moins ce que HP espère, rendue possible grâce à la recherche réalisée ici.

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