Yves Provencher/Métro Simplice Dimo Sime est machiniste à l’usine d’ArcelorMittal, à Ville-Émard.

Une fois par mois, Métro propose, en collaboration avec le projet Alliés Montréal de la Conférence régionale des élus de Montréal (CRÉ), des portraits de personnes immigrantes qui ont bien réussi dans leur milieu de travail.

Sa présence à l’usine d’ArcelorMittal en plein cœur de Ville-Émard surprend et suscite la curiosité. Au bout d’une heure de discussion, on comprend que rien ne prédestinait le machiniste d’origine camerounaise à se retrouver là. Retour sur l’improbable parcours de Simplice Dimo Sime.

Deuxième d’une famille de six enfants, Simplice a grandi à Douala, au Cameroun, dans un milieu modeste. Il était tout jeune lorsque son père a perdu son emploi. Jamais il n’a retravaillé par la suite. C’est sa mère qui subvenait aux besoins de la famille en faisant de la couture.

«Comme l’éducation n’est pas gratuite au Cameroun, ma mère a dû faire de grands sacrifices pour nous envoyer à l’école. Mais elle y tenait énormément. En fait, à la maison, c’était plus important d’aller à l’école que de manger.»

Malgré les réticences de ses parents au sujet de son choix de carrière, Simplice commence des études en mécanique de fabrication en 1994, après avoir terminé ses études secondaires. «Ils voulaient que j’étudie en électronique ou en électricité. Mais l’accès au lycée est très difficile au Cameroun et ne se fait pas nécessairement sur la base de l’excellence des dossiers. J’ai réussi à me faire admettre, mais pas dans les programmes que mes parents souhaitaient. J’ai donc pu faire de la mécanique, un domaine qui me passionnait déjà à 16-17 ans.»

Après la fin de ses études, en 1997, Simplice est engagé aux Acieries du Cameroun, une compagnie spécialisée dans la métallurgie. Il devient rapidement chef d’équipe, ce qui ne l’empêche pas d’être très mal payé. Mais comme il a la chance d’avoir un travail, il y reste pendant cinq ans.

«J’ai quitté ce travail pour passer mon brevet de technologie supérieure à l’université. Malheureuse­ment, je n’ai pas tenu le coup financièrement et j’ai dû interrompre mes études après un an. Je devais retourner gagner de l’argent pour aider ma famille.»

Après une longue année de recherche, il décroche un boulot de mécanicien chez Nestlé Cameroun. «J’avais un bon salaire, de super conditions de travail, une couverture sociale, la sécurité d’emploi… C’était un boulot de rêve pour tout Africain. En plus, je faisais un travail qui me passionnait.»

Peu avant son entrée en poste chez Nestlé, Simplice obtient son Certificat de sélection du Québec. Un pas important dans la procédure d’immigration qu’il avait entreprise en 2003. Le manque d’argent pour acquitter les frais liés au projet d’immigration repousse l’heure des décisions… jusqu’en 2009.

«J’avais enfin tout ce que je voulais au Cameroun et je ne voulais plus partir. Ma mère m’a convaincu de le faire, mais ce fut très difficile», se souvient-il.

À son arrivée à Montréal, en février 2009, il cogne à la porte d’une agence de placement. Elle lui refile des boulots de concierge, d’étiqueteur, d’assembleur et de journalier. Un jour, une offre plus intéressante lui est soumise. Celle d’ArcelorMittal.

Il est embauché en novembre 2009 à l’usine de Ville-Émard en tant qu’opérateur de production. Cinq mois plus tard, il devient machiniste. Un emploi qu’il aime et qui lui permet de s’inscrire à l’université, de s’acheter un condo à Ville-Émard et de faire construire une maison à sa mère au Cameroun.

«Je n’ai jamais rien regretté, témoigne-t-il. Je n’ai jamais reçu de cadeau de Noël, mais j’ai adoré mon enfance malgré la pauvreté dans laquelle nous vivions. Je ne regrette pas non plus d’être venu vivre ici. Je crois, au contraire, avoir beaucoup de chance d’être là.»

Une fois par mois, Métro propose, en collaboration avec le projet Alliés Montréal de la Conférence régionale des élus de Montréal (CRÉ), des portraits de personnes immigrantes qui ont bien réussi dans leur milieu de travail.

L’émission de Radio-Canada International Tam-Tam Canada a produit une version radio de ce reportage. Réalisé par le journaliste Adrien Lachance, ce dernier est disponible sur le site de l’émission de Radio-Canada International Tam-Tam Canada

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