Vous sursautez devant cette manchette? Sans doute avez-vous aussi sursauté lorsque je l’ai utilisée dans ces mêmes pages, à l’été 2005. À l’époque, rappelez-vous, on trouvait que le litre d’essence à 1 $ était une insulte à notre condition de consommateur…

On aurait pu croire que les automobilistes se seraient domptés. Que devant le prix du carburant sans cesse croissant, ils achèteraient moins de camions, et davantage de petites voitures.

Pourtant, l’année 2007 a enregistré au Canada une hausse des ventes de camions (+6 %) et… une diminution des ventes de voitures (-1 %), versus 2006. De fait, presque la moitié des transactions automobiles neuves l’an dernier (48 %) mettait en scène soit une fourgonnette, soit un utilitaire, soit une camionnette.

C’est à se demander si ces acheteurs font le plein à la même station d’essence que nous. À moins que l’essence ne soit pas encore assez chère? C’est sans doute ça.

On joue au yoyo
Certes, les ventes de petites voitures sont en hausse : les sous-compactes (les Toyota Yaris, Hyundai Accent et Honda Fit de ce monde) ont trouvé 17 % plus de preneurs l’an dernier qu’en 2006. C’est une bonne nouvelle.

Si l’on observe la courbe des ventes de véhicules compacts au Canada, on note qu’elle monte et descend au diapason de la courbe des prix du carburant. Le coût de l’essence monte? Les petites voitures se vendent comme des pains chauds. Le coût de l’essence redescend – oh, juste un peu? Les petits véhicules ont soudain moins la cote. Malheureusement.

Souffre-t-on d’Alzheimer?
Il n’y a qu’un pas pour souhaiter que le prix du carburant fasse un bond de géant – genre 2,50 $ le litre? – et que les habitudes de consommation automobile soient irrémédiablement modifiées.

On dit le passé garant de l’avenir, mais les automobilistes semblent faire exception: ils ne se souviennent plus qu’il y a dix ans, ils faisaient le plein de leur Honda Civic pour moins de 30 $. Cette année-là, le prix moyen du carburant avait tourné autour des 55,7 cents le litre, à Montréal. Aujourd’hui, faire le plein d’une Civic coûte presque 70 $. Et le mois dernier, le prix moyen du litre d’essence dans la métropole s’est établi à 1,25 $ – près de deux fois et demi celui d’il y a dix ans.

On leur donne 20 % de rabais, mais ils n’en veulent pas!
L’automobiliste oublie, et ça lui coûte cher. On pourrait sans doute écrire le même texte dans deux ou trois ans, même manchette à l’appui, lorsque le carburant aura dépassé les 2 $, peut-être même les 2,50 $ le litre. Et même alors, il y aura encore des gens pour se magasiner un utilitaire…

Au-delà de l’oubli lors de l’achat automobile, il y a l’oubli lors de la conduite automobile. En effet, sur l’autoroute, il y en a encore pour rouler à 120 km/h. Ceux-là ont oublié que de respecter la limite leur permettrait d’économiser
20 % du prix de l’essence.

De plus, il y en a qui souffrent de trous de mémoire dans les stationnements. Ceux-là, on les reconnaît à leur moteur qui tourne au ralenti alors qu’ils attendent on ne sait trop qui ou quoi. Pourtant, non seulement un moteur qui tourne au ralenti ne va absolument nulle part, mais il consomme et pollue tout à fait inutilement.

Pour ces gens là aussi, l’essence n’est pas assez chère. Savent-ils seulement que chaque période de dix minutes au ralenti gaspille au moins un dixième de litre d’essence?

À 1,35 $ le litre, voilà qui constitue une dépense de plus de 3,00 $ l’heure. Qui a les moyens de jeter le tiers du salaire minimum par la fenêtre? Présentez-le moi, je lui demanderai de financer mon prochain plein d’essence…

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