Santé Canada a décidé, contre toute attente, de mettre fin aux activités du Groupe de travail sur le sodium chargé de veiller à ce que l’industrie réduise le sel contenu dans ses aliments transformés. Une décision qui compromet la mise en place d’une stratégie visant à réduire la consommation excessive de sel des Canadiens, craignent des spécialistes. «La dissolution du groupe  m’amène à interroger le sérieux du gouvernement en ce qui a trait à la réduction de la consommation de sodium, pourtant reconnu néfaste pour la santé des Canadiens», déplore Bill Jeffery, coordonnateur national du Centre pour la science dans l’intérêt public (CSIP)1 et membre du défunt groupe de travail.

Le Groupe de travail sur le sodium a été créé en 2007. Son but? Élaborer, implanter et superviser une stratégie nationale de réduction de consommation de sel, un important facteur de risque de l’hypertension et des maladies qui en découlent (accidents vasculaires cérébraux, infarctus, etc.). Un rapport contenant une série de recommandations a été remis en juillet à la ministre de la Santé, Leona Aglukkaq. Il proposait une réduction annuelle de 5 % de la consommation de sodium jusqu’en 2016 pour parvenir à une consommation mo­yenne de 2 300 mg. Il prônait aussi une approche volontaire, c’est-à-dire non con­traignante pour l’industrie agroalimentaire.

Bien que dénoncée par certains experts, l’approche volontaire faisait consensus dans le groupe de travail. Mais la porte était ouverte à une réglementation pour forcer la main à l’industrie si elle tardait à appliquer les recommandations.«Notre mandat prévoyait que nous superviserons pour les cinq années à venir l’implantation de la stratégie afin d’en surveiller l’efficacité», rappelle Bill Jeffery.

Un comité plus près de l’industrie?
Or, le gouvernement a décidé, en décembre, de mettre fin aux activités du groupe de travail. La mise en Å“uvre d’une stratégie nationale passera désormais par le Comité consultatif sur la réglementation des aliments de Santé Canada, dont les membres seraient plus près de l’industrie agroalimentaire, selon M. Jeffery. «Ce qui est inquiétant, c’est non seulement que le groupe a été démantelé, mais aussi que la ministre est demeurée silencieuse sur l’avenir de nos recommandations. Cela suggère que le Ministère n’est pas au même diapason que les experts du groupe», poursuit-il.

«Cette décision montre un désintéressement du gouvernement sur la question du sodium, et c’est très décevant. Ce gouvernement semble idéologiquement mal à l’aise à l’idée d’utiliser des politiques en matière de santé publique pour réguler l’industrie», affirme le Dr Andrew Pipe, de l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa.

Autre élément d’inquiétude : le groupe de travail proposait de réduire le sodium dans certaines catégories d’aliments. Le gouvernement préconise maintenant une réduction du sodium d’aliments transformés basée sur la moyenne pondérée de leurs ventes. «C’est un pas en arrière. Les entreprises auraient le loisir de diminuer le sodium dans un produit et de le maintenir, voire de l’augmenter, dans les autres pour atteindre une moyenne conforme à une cible», déplore-t-il.

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