Jadis dominante dans les frigos, la bouteille de bière a perdu sa part du lion. La canette d’aluminium l’a détrônée. Ayant chacun leur favori, brasseurs et syndiqués se livrent un bras de fer sur le contenant.

Président du syndicat des employés de la brasserie Labatt à LaSalle, Sylvain Moreau milite en faveur de la bouteille brune, et ce, au sein du mouvement «mieuxenbouteille.ca» soutenu par plusieurs syndicats liés à l’industrie de la bière, dont la CSN et Teamsters Canada.

La coalition reproche aux brasseurs de mousser la canette, notamment en réduisant son prix. Ce, allègue-t-elle, au détriment des emplois et de l’environnement. «La canette n’est utilisée qu’une seule fois. Son taux de récupération est de 71%. Plusieurs se retrouvent au bord du chemin», déplore M. Moreau. En comparaison, soutient-il, la bouteille brune est réutilisée de 12 à 17 fois et son taux de récupération est de 98%.

Les opposants au contenant de métal signalent aussi des pertes d’emplois. «Une ligne de bouteilles fait travailler 15 à 17 personnes. Une ligne de canettes fonctionne avec quatre personnes. Les pertes d’emplois sont énormes», affirme Sylvain Moreau.

Le mouvement «Mieuxenbouteille.ca» demande au gouvernement d’augmenter de 20% le prix de la bière vendue dans un contenant à remplissage unique. Il réclame aussi de maintenir la pénalité lorsque les ventes de ces contenants dépassent 37,5% du total.

Et il encourage les consommateurs à privilégier la bouteille brune.

La position des brasseurs
Directeur général de l’Association des brasseurs du Québec, Patrice Léger Bourgoin plaide que l’industrie répond simplement à la demande. «C’est vrai que les ventes de bière en canettes augmentent. C’est le choix de plus en plus de consommateurs. Une tendance qu’on observe partout dans le monde. Et pas seulement pour la bière. En France, il se vend du vin en canettes», expose-t-il.

Selon lui, les gens trouvent plus pratiques les contenants d’aluminium, dans un contexte où ils se déplacent de plus en plus.

Concernant les pertes d’emplois sur les lignes de production, M. Léger Bourgoin signale qu’il s’agit d’un «segment isolé». Il fait valoir qu’au contraire en s’ajustant à la demande des consommateurs, les brasseurs assurent leur survie et des emplois. «Alors que le secteur manufacturier s’effrite, les brasseries font des investissements massifs. Nous devons être fiers de ça. Nos usines sont encore-là parce qu’on s’adapte aux besoins du marché», dit Patrice Léger Bourgoin.

Le taux récupération des canettes de bière est supérieur à 70%, croit-il. Ce score comprend tous les types de boissons. Or, nuance-t-il, les règles sur l’alcool favorisent la récupération des contenants, à son avis. «Techniquement, au Québec, on n’a pas le droit de boire de la bière dans les endroits publics ou au volant. On la boit chez soi ou dans un établissement licencié», observe-t-il. Ainsi, moins de contenants de bière en aluminium se retrouvent dans le décor que d’autres produits, laisse-t-il entendre.

L’Association des brasseurs est néanmoins favorable à une augmentation de la consigne, actuellement fixée à 5 cents par canette d’aluminium. «Si ça peut augmenter le taux de retour, on n’a rien contre», dit son directeur général.

Ventes de bière domestique en 2015
55% canettes
35% bouteilles
10% fût
(Source : Bière Canada)

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