Josie Desmarais/Métro Les deux instigratrices du mouvement, Dominique Dufour et Catherine Roux

L’industrie culinaire montréalaise est souvent qualifiée de boys club, mais maintenant, les girls veulent prendre la place qui leur revient. Pour ce faire, quelques-unes d’entre elles ont créé le mouvement Les Femmes chefs de Montréal.

Bien que Montréal soit une des villes ayant le plus de restaurants par habitant, on peine encore à trouver des femmes chefs à la tête de ces établissements. Voilà le constat fait par la chef Dominique Dufour, du Pier 66 à Outremont, et par l’entrepreneure Catherine Roux, cofondatrice de Passeport en fût. Les deux jeunes femmes ont pris le taureau par les cornes et ont créé le mouvement Les Femmes chefs de Montréal, qui vise à «propulser la relève féminine de l’industrie».

Pour Dominique Dufour, qui a passé les 10 dernières années à travailler à l’extérieur du Québec, notamment à Vancouver et à Toronto, c’est plutôt un besoin qui l’a poussée à fonder ce groupe. En revenant ici, elle a voulu créer une communauté de femmes, comme elle l’avait vécu ailleurs. «Il y a un gros mouvement de fraternité entre les hommes chefs: ils s’invitent, ils organisent des événements, dit Dominique Dufour. Nous serons plus fortes si nous faisons la même chose.»

Elle s’est retroussé les manches et a appelé ses consœurs une à une, aidée par la jeune entrepreneure Catherine Roux, qui s’est jointe à elle pour bâtir la structure du mouvement.

«C’est un couteau à double tranchant, se revendiquer femme chef. Il y a ce désir de se fondre dans la masse, d’être one of the boys. Et d’un autre côté, on veut revendiquer notre place.» – Dominique Dufour, chef du Pier 66

Ça n’a pas été aussi facile qu’elles l’auraient cru, ne serait-ce que parce qu’il est difficile de trouver ces «talents émergents». «C’est facile de trouver des cuisinières, mais dénicher des femmes chefs, c’est beaucoup moins facile. Sur 3000 restaurants à Montréal, quand t’es juste capable de trouver 12 femmes chefs, c’est parce qu’il y a quelque chose [qui ne fonctionne pas]», s’inquiète Dominique Dufour.

La réponse a toutefois été très positive et, aujourd’hui, une dizaine de femmes chefs font partie du groupe, dont Kimberly Lallouz (Bird Bar), Stéphanie Audet (LOV), Alice Vanasse (Le Diplomate) et Marie-Pier Morin (Richmond).

Loin d’être axé sur la compétition, déjà bien présente dans l’industrie de la restauration, le mouvement est basé sur l’entraide et la communauté. «Je suis tellement heureuse parce que je peux déjà les considérer comme mes amies, s’exclame la chef de 30 ans. Juste savoir qu’elles sont là, ça vaut de l’or!»

Au programme, donc, des rencontres entre elles pour réseauter et discuter des difficultés et des enjeux qu’elles vivent, mais aussi une série de soupers qui les mettra en vedette. Cette immersion culinaire commencera dimanche et se poursuivra, à raison d’une fois par mois, jusqu’en décembre. À chaque événement, Dominique invitera une chef à cuisiner avec elle et, ensemble, elles prépareront un souper unique, cuisiné à quatre mains avec des produits 100% locaux. La première à se prêter au jeu est la chef exécutive des restaurants LOV, Stéphanie Audet, avec qui Dominique concoctera un repas «botanique».

Au niveau du public aussi la réponse a été bonne, puisqu’elles ont ouvert un deuxième service mardi, qui suivra celui de 17h30 dimanche. «Je pense que les gens ont envie de connaître ces femmes qui sont trop peu vues, mais tellement présentes», s’exclame la chef.

Un mouvement féministe?
Est-ce que Les Femmes chefs de Montréal est un mouvement féministe? «Vraiment pas», disent-elles promptement à l’unisson. «Au départ, je ne voulais pas embarquer là-dedans, nuance Catherine, la moitié plus terre à terre du duo. Mais dès que tu trouves qu’il devrait y avoir une égalité, il y a une notion de féminisme. Le petit côté un peu plus militant du mouvement est qu’on veut montrer la réalité des femmes dans l’industrie.»

«Il y a une notion de sexisme qui, lentement, se dissipe dans les cuisines, ajoute Dominique. Mais est-ce que le métier accommode les femmes, sur le plan de la conciliation travail-famille par exemple? Non, on n’est pas encore rendues là Est-ce qu’on est aussi médiatisé que les hommes? Non.»

Infos et réservations:
facebook.com/femmeschefsmtl

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