Getty Images/iStockphoto Selon Allergies Québec, 75 000 élèves du primaire auraient des allergies alimentaires.

Présentée à tort par plusieurs médias en début d’année comme nouvelle, la décision de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) de ne plus interdire d’aliments allergènes dans les boîtes à lunch de ses élèves ne constitue en rien une directive récente.

Il s’agissait en réalité du simple rappel d’une politique en vigueur depuis plusieurs années déjà, a rectifié la commission scolaire quand Métro l’a interrogée à ce sujet.

«[Notre] politique en matière d’allergies n’a pas changé, fait valoir Alain Perron, porte-parole de la CSDM, en mentionnant que tous les enfants allergiques ainsi que leurs allergènes sont répertoriés. La note transmise en décembre ne visait qu’à rappeler les bonnes pratiques. Les allergies alimentaires sont de plus en plus nombreuses et les causes d’allergies se multiplient.»

Dans ces circonstances, la CSDM estime que tenter de contrôler toute la nourriture entrant à l’école risquerait de donner «un faux sentiment de sécurité». «On gère par conséquent cette réalité en éduquant les élèves à vivre dans une communauté où les allergies sont présentes», souligne-t-il.

À l’instar de la CSDM, la Commission scolaire de la Pointe-de-l’Île (CSPI) indique sur son site web ne pas pouvoir garantir «un milieu sans allergène». Les enfants allergiques sont toutefois bien connus du personnel et font l’objet d’une surveillance accrue de la part des éducatrices à l’heure du dîner, a assuré Christiane St-Onge, porte-parole de la CSPI. «Les règles de prudence sont répétées régulièrement à l’enfant et une sensibilisation est faite auprès de son entourage.  Les parents sont également avisés des consignes à suivre pour leur enfant allergique, notamment le fait de s’assurer de remplacer l’injecteur de ce dernier avant sa date de péremption.»

«Nous gérons les allergies de la même manière depuis plusieurs années, c’est-à-dire en respectant la responsabilité alimentaire des parents.» – Alain Perron, porte-parole de la CSDM

La Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSMB) laisse, quant à elle, aux directions de ses 97 écoles le choix d’interdire ou pas des aliments allergènes. Dans les faits, la majorité de ses établissements primaires ne tolèrent pas la présence d’arachides et de noix dans les boîtes à lunch des élèves. «Ce n’est pas un grand compromis pour les parents, résume la porte-parole Gina Guillemette. Ceux qui n’ont pas d’enfants allergiques comprennent qu’il y en a d’autres autour qui le sont. On pense donc que c’est la responsabilité de tous et on fait de la prévention. Mais on continue quand même avec une possibilité d’interdiction.»

Des mesures sont ainsi mises en place pour parer à d’éventuels incidents. «Le personnel est formé pour pouvoir intervenir, il y a le lavage des mains avant et après les repas et le lavage des tables entre deux services de dîner», poursuit-elle.

La sécurité d’abord
Du côté d’Allergies Québec, on estime que le choix des écoles de bannir ou non des allergènes importe moins que la mise en place, dans tous les cas, de mesures garantissant la sécurité des enfants allergiques.

«Honnêtement, après plusieurs conversations avec la CSDM, je pense qu’ils font vraiment un effort de gestion des allergies, estime Dominique Seigneur, directrice des communications. Ils nous ont même demandé de regarder notre projet-pilote sur cette question.»

L’organisme milite auprès du gouvernement québécois en vue de mettre en place un protocole de mesures standardisées qui aideraient les écoles dans leur gestion des allergies, comme c’est déjà le cas dans la plupart des autres provinces du pays.

La propre fille de Dominique Seigneur a d’ailleurs déjà fait un choc anaphylactique après avoir reçu, à la garderie, un verre de lait sur la peau. «Malgré ce qui est arrivé à mon enfant, je ne pense pas que le retrait des allergènes soit une solution à long terme. Il y en a tellement que ça devient un casse-tête. Et pour les enfants allergiques, ça peut être une fausse mesure de sécurité si elle n’est pas appliquée à la lettre.»

Des avis partagés chez les parents

Si les façons de gérer les allergies alimentaires diffèrent d’une commission à l’autre, les avis sont également partagés du côté des parents d’enfants allergiques. Métro a sondé quelques mamans de la région montréalaise.

Bien que son enfant de sept ans qui fréquente une école de la CSDM sur le Plateau-Mont-Royal soit allergique aux noix, Natalia Acuna est à l’aise avec le fait que l’établissement ne garantisse pas un environnement sans allergène. «Mon fils est très sensibilisé. Il a fait un choc anaphylactique à l’âge de six ans, donc il est traumatisé par cet épisode et prend plus de précautions de lui-même», affirme Mme Acuna, qui croit que la gestion des allergies de son enfant relève davantage de sa responsabilité.

«Ce n’est pas seulement à l’école d’aider l’enfant.» – Julie Bradette, mère d’un garçon allergique aux arachides et aux noisettes

Un point de vue partagé par Julie Bradette, dont le fils de 10 ans, allergique aux arachides et aux noisettes, est scolarisé à la Commission scolaire des Affluents, dans Lanaudière. Alors que son école ne tolère pas les noix et les arachides dans les boîtes à lunch, cette maman soutient que tout doit commencer à la maison, par exemple «en expliquant aux enfants leur condition médicale pour qu’ils puissent bien fonctionner ensuite en société».

Mère d’un garçon de six ans allergique aux produits laitiers, aux œufs et aux arachides qui est inscrit dans une école de la Riverside School Board à Greenfield Park, Meredith Bédard croit en revanche que les commissions scolaires qui souhaiteraient cesser d’interdire des allergènes devraient agir prudemment. «Elles devraient garder les restrictions pour arachides, parce que sa protéine est vraiment difficile à nettoyer», suggère-t-elle.

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