Jean Joly et son épouse Line ont acheté en 1989 la terre qui deviendra le Vignoble du Marathonien, un des dix plus vieux vignobles québécois encore en activité aujourd’hui.

Ce vignoble de Havelock, en Montérégie, a récolté au fil des ans une multitude de distinctions au Québec comme à l’international. Il y a de la qualité qui se produit au Québec, au Vignoble du Marathonien comme chez bon nombre d’autres vignerons méticuleux et passionnés. Pourtant, déplore Jean Joly, nombreux sont les gens qui entretiennent des préjugés persistants à l’égard des vins québécois.

Comment expliquer que les préjugés sur le vin du Québec aient la couenne si dure?
Certaines personnes ont dégusté quelque chose qu’ils n’ont pas aimé dans le passé et entretiennent depuis un préjugé, un blocage. Est-ce que tous nos vins sont bons? Comme partout, il y a des vins qui se distinguent, d’autres moins. Mais est-ce qu’on rejette l’ensemble des vins français ou argentins quand on tombe sur une bouteille moins intéressante? Il revient aux consommateurs de ne pas généraliser et à nous, vignerons, de travailler sur la qualité. On s’est pris en mains et non seulement la qualité existe, mais elle s’améliore en continu.

En quoi la qualité globale des vins québécois a-t-elle évolué dans les dernières années?
Les vignes vieillissent, les connaissances sur les cépages hybrides et rustiques s’approfondissent, des techniques de culture et de vinification adaptées à ces cépages se perfectionnent, et davantage de vignerons procèdent à des analyses de sol pour guider le choix de vignes adaptées à leur terre plutôt que d’y aller à tâtons. Certains plantent également des cépages européens, ouvrant de nouvelles possibilités de cuvées ou d’assemblages. On est aussi plus nombreux à avoir recours à l’expertise d’agronomes et d’œnologues.

Depuis 2009, la certification Vins du Québec contribue à faire évoluer la qualité en assurant une traçabilité et en permettant d’identifier d’éventuels « défauts » avant que les bouteilles ne soient sur le marché. La certification est en voie de devenir une Indication géographique protégée (IGP), une appellation réservée qui bonifiera la notoriété de nos vins , qui seront d’ailleurs plus accessibles grâce à la loi 88 permettant aux vignerons de vendre directement aux épiciers.

Outre le travail sur la qualité, il faut donc aussi valoriser la personnalité unique de nos vins?
La qualité, c’est la base, mais il faut effectivement savoir parler et faire parler ce qui nous définit, transmettre notre passion et développer de la fierté pour le caractère unique de nos produits. L’exemple des fromages québécois est inspirant : les gens ont appris à les connaître et à être fiers de les acheter et de les servir. Faire tomber les barrières entre le public et les vins d’ici est un travail de longue haleine – un travail de marathonien! – mais j’ai espoir qu’on va y parvenir et je suis heureux d’y participer. Mon rêve, c’est que la consommation de vins québécois passe de 1% à 10% d’ici les 25 prochaines années. J’y crois!

Pour lire plus d’histoires d’artisans d’ici: cariboumag.com

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