Yves Provencher/Métro

Depuis maintenant 30 ans, le Chic Resto Pop régale les personnes moins nanties du quartier Hochelaga-Maisonneuve. Il y a trois décennies, le restaurant communautaire était un pionner dans le genre. Derrière le succès de l’entreprise de réinsertion sociale se trouvent plusieurs personnes dévouées. Portrait de quelques-unes d’entre elles qui travaillent quotidiennement pour que les plus démunis mangent bien et pour que d’autres retournent dignement et bien formés sur le marché du travail.

Jacynthe Ouellette - Chic Resto PopJacynthe Ouellette, directrice générale
Au début des années 1980, Jacynthe Ouellette s’est retrouvée sur l’aide sociale après avoir perdu son emploi dans un hôpital, enceinte de son premier enfant. En 1987, c’est un peu par hasard qu’elle arrive au Chic Resto Pop. Au départ, le resto a fait appel à elle, qui venait de fonder la première cuisine collective dans Hochelaga-Maisonneuve, pour faire les recettes pour le cafétéria. Ce qu’elle fit.

Elle commence ensuite à y travailler, via un programme de réinsertion professionnelle, passant dans chaque département pour y mettre de l’ordre. En 1992, elle devient la grande patronne de l’organisme communautaire de la rue Adam.

Cette femme dynamique, d’une grande humilité, croit fermement en l’entraide et la solidarité. Elle a carrément voué sa vie à aider son prochain. Ce qu’elle souhaite c’est que les «personnes se prennent en main». Le but c’est d’accompagner les gens vers l’autonomie. En partenariat avec un réseau complet d’organismes communautaires du quartier, le Chic Resto Pop s’inscrit dans une démarche qui vise à mener les gens vers l’autonomie alimentaire et vers une prise en main de leur budget. Mme Ouellette ne veut pas d’habitués, elle veut que ses clients ne soient que de passage, les aider pendant un moment difficile.



Pierre Boileau Chic Resto PopPierre Boileau, coordonnateur à la production

Quelque 1 300 repas sont préparés chaque jour dans les cuisines du Chic Resto Pop sous la gouverne de Pierre Boileau. Ici, il est coordonnateur à la production. Mais dans un restaurant, il serait le chef exécutif. Ce n’est qu’une question de titre. Depuis trois ans, après plusieurs années à rouler sa bosse dans la profession, M. Boileau a atterri au Chic Resto Pop. C’est lui qui forme les apprentis qui demeurent dans sa cuisine 30 semaines.

«Ici, on donne une formation à des gens qui veulent retourner sur le marché du travail. Ce n’est pas la même chose que de travailler dans un restaurant ou un hôtel», nuance M. Boileau, qui agit autant comme cuisinier que comme professeur.

Ils ressortent avec une base et une expérience qui leur permettent de se frayer un chemin sur le marché du travail comme commis dans des cuisines de toutes sortes (écoles, hôpitaux, restaurants, etc.) «Ils ont la même chance d’avancer que les gens qui font un DEP», croit-il.

Danielle Imbeault Chic Resto PopDanielle Imbeault, chef d’équipe du restaurant Le Jubé
Depuis quatre ans, Danielle Imbeault est formatrice au restaurant Le Jubé, qui surplombe le parterre de l’église (dans le jubé de l’église justement) et où se termine la formation des apprentis aux rudiments du service aux tables. Après 40 ans à œuvrer dans le monde de l’hôtellerie, elle s’est retrouvée au Chic Resto Pop pour transmettre son savoir. «Rendu à un certain âge, on ne veut plus de nous, mais dans d’autres endroits ils ont besoin de notre expérience», explique Mme Imbeault, soulignant que ce travail de formatrice semble avoir été créé pour elle. «Il se passe des choses magiques au Chic Resto Pop», s’exclame-t-elle enfin.

Maria Amaral, apprentie
Maria fait partie des 82 personnes qui suivent une formation chaque année au Chic Resto Pop. Après plusieurs années passées dans les bars, elle a eu le désir d’apprendre un métier. Elle s’inscrit au programme de réinsertion et apprend le service à la clientèle. Elle termine en ce moment la formation au Jubé et vient tout juste de décrocher un stage rémunéré dans un restaurant. Après une formation au Chic Resto Pop, 78% des apprentis se trouvent un emploi dans le domaine.

Cafétéria Chic Resto PopEt la bouffe?
Pour les besoins du reportage, on a dîné au Chic Resto Pop. Et franchement, la nourriture était très bonne. Nous avons dégusté une fricassée de dinde mexicaine, avec des patates pilées et des haricots verts, accompagné de pain, de salade de macaroni et de salade de fruits. De la bonne bouffe maison, assez santé, copieuse et bourrative. Beau, bon, pas cher: voilà quelle est la devise du Chic Resto Pop, mais aussi le défi quotidien des cuistots. Pour 3,50$, on mange à sa faim, un repas complet.

Mais il faut 6,47$ pour produire ce même repas, ce qui oblige l’organisme à faire des miracles. Il y a 30 ans, 100% des denrées utilisées au Chic Resto Pop provenaient de dons. Aujourd’hui, ce n’est que 20% des denrées utilisées qui viennent des banques alimentaires alors que le restaurant doit acheter 80 % de la nourriture qu’il cuisine. Plus d’organismes comptent sur les dons pour fonctionner, «la tarte s’est répartie», souligne la directrice générale. Le but est de tout faire pour réduire le coût de production: les dons, le troc, les spéciaux… toutes les options sont considérées. «Il faut être innovateur», dit la débrouillarde femme. Malgré cette débrouillardise, Jacynthe Ouellette craint de devoir augmenter le prix du repas à 4$ sous peu, «parce qu’on n’arrive plus avec le coût des denrées», déplore-t-elle.

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Histoire

L’histoire du Chic Resto Pop en quelques dates:

  • 1984-1985. Fondation du Resto Pop par cinq assistés sociaux. Il s’agit du premier restaurant communautaire à voir le jour à Montréal.
  • 1991. La Pop Mobile du Chic Resto Pop est créée pour fournir des repas chauds aux enfants de quatre écoles du quartier.
  • 1994. Les produits du terroir sont développés, dont des plats congelés à emporter à la maison.
  • 1995. Le Resto Pop devient Le Chic Resto Pop.
  • 2001. Le Chic Resto Pop devient une entreprise d’insertion accréditée et offre les formations d’aide-cuisinier, de commis à la réception-expédition, au service à la clientèle
  • 2002. Achat du presbytère et de l’église Saint-Mathias- Apôtre afin de regrouper tous ses services sous un même toit. L’organisme déménage en 2004.
  • 2011. Le restaurant Le Jubé est mis sur pied.
  • 2014. Le Chic Resto Pop célèbre son 30e anniversaire.

Le Chic Resto Pop
1500, avenue d’Orléans

* À lire aussi: Les cuisines collectives, c’est grâce à elle! sur le blogue Bouffe d’Audrey Lavoie

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