Chantal Lévesque/Métro Enzo De Rosa

Enzo De Rosa est un épicurien. Il conclut notre entrevue par une citation d’un poète de sa Naples d’origine : «C’est la somme qui fait le tout.» La vie doit être une addition de bonnes et de belles choses, point. Son immigration, il l’a menée avec ce mot d’ordre.

C’est d’abord le hasard et ensuite une détermination à saisir les perches qui se tendent sur son passage qui ont conduit Enzo De Rosa à Montréal. En 2009, il met pour la première fois les pieds au Canada quand un ami musicien fait appel à lui pour enregistrer un disque à Toronto. Il rencontre alors une Québécoise «qui rêvait d’épouser un Italien!». À l’époque, M. De Rosa enseigne le piano au Conservatoire de Rome. Pendant quelques années, il fait des aller-retour entre le Québec et l’Italie, puis il finit par s’installer ici.

Professionnellement, il fallait oser. Tout est à recommencer. Jusque-là, Enzo De Rosa mène une florissante carrière de pianiste et d’enseignant. Il accompagne de grands chanteurs classiques, enregistre des albums, compose et interprète des musiques de films. Premier réflexe une fois qu’il décide d’adopter Montréal: réseauter. Il s’ouvre des portes, travaille pour l’École supérieure de ballet du Québec et pour l’Opéra de Montréal comme accompagnateur. Puis il décide de donner de la voix à sa fibre créatrice. Avec sa femme, choriste à l’Orchestre symphonique de Montréal, il monte un spectacle autour des musiques de films, présenté à guichets fermés à la Place des Arts en janvier 2016. Entre deux projets personnels, Enzo continue à écrire et à interpréter pour le septième art.

Parcours
Le piano, il est tombé dedans quand il était tout petit, un peu grâce à son père qui écoutait constamment de la musique. Grâce à des amis de la famille aussi, chez qui il fait sien un clavier délaissé. Beaucoup grâce à sa mère, enfin, dont c’était la grande aspiration. La Deuxième Guerre mondiale aura eu raison de ce rêve, finalement incarné par son fils.

Enzo apprend d’abord sur ses genoux, à l’oreille. «Elle chantait des classiques napolitains que je devais reproduire au piano !» À six ans, il amorce une formation classique. De cet enseignement, il garde la rigueur tout en la faisant passer après le plaisir. «La musique est un jeu ; bien sûr, il faut travailler, mais on peut – on doit ! – s’amuser sérieusement.»

Tout en légèreté, donc, comme si ça allait de soi alors que ça n’avait jamais été prévu, Enzo a quitté son pays. Chez lui, c’est «là où est la famille». Ici, donc, avec sa femme et leur fils. «Les racines, aussi importantes soient-elles, restent une projection de l’esprit. On peut choisir de construire ou de détruire sa vie, peu importe où on vit. Le Canada considère les immigrants comme une valeur ajoutée au pays. Je me définis comme un fier Italien très heureux de vivre fièrement au Canada !» Enzo ne se demande pas si la famille et les amis lui manquent ou s’il vit un choc culturel, préférant profiter pleinement et en beauté de ce qu’il a aujourd’hui entre les mains. Mais en matière de lasagne, de spaghetti ou d’espresso, ne vous risquez pas à le contredire: il paraît qu’en ville, c’est chez lui qu’on trouve les meilleurs.

Une fois par mois, Métro propose, en collaboration avec le projet Alliés Montréal de la Ville de Montréal, des portraits inspirants de Montréalais issus de l’immigration qui témoignent de leurs parcours et de leurs succès.

L’émission de Radio-Canada International Tam-Tam Canada a produit une version radio de ce reportage. Réalisée par la journaliste Paloma Martinez-Mendez, cette émission est disponible sur le site de RCI

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