L’arrivée sur le marché du travail peut réserver son lot de surprises, voire de déceptions, si on n’a pas été bien préparé à faire face
à la réalité.

Pour s’adapter à un rythme de travail plus rapide ou à des exigences parfois inattendues, l’arrimage entre théorie et pratique est-il
suffisamment solide ?

Pour Mathieu Guénette, directeur des services professionnels chez Brisson Legris, c’est très variable d’un secteur à un autre. «Dans certains domaines, on prépare peu les candidats au marché de l’emploi. C’est dommage parce qu’on se retrouve alors avec une main-d’œuvre qualifiée, mais non préparée aux emplois disponibles.»

Le conseiller d’orientation croit notamment qu’on ne prépare pas assez les étudiants au savoir-être. «Nombre de formations permettent de comprendre le domaine d’étude, d’acquérir des connaissances théoriques, mais on y développe moins l’aspect humain.

«C’est dans le savoir-être que beaucoup de choses se jouent. Or, on est parfois trop axé sur les compétences techniques et les
acquis théoriques.» – Mathieu Guénette, directeur des services professionnels chez Brisson Legris

L’adage veut qu’on embauche quelqu’un pour ses connaissances et son savoir-faire, mais qu’on le congédie à cause d’un savoir-être lacunaire.» Comment développer et entretenir un réseau, comment travailler en équipe, comment prendre sa place… «C’est dans le savoir-être que beaucoup de choses se jouent. Or, on est parfois trop axé sur les compétences techniques et les acquis théoriques. Je considère qu’il pourrait y avoir, dans chaque secteur de formation, un volet d’apprentissage consacré au savoir-être, et que ça ne devrait pas être optionnel.»

Autre difficulté : «un marché du travail qui évolue à une vitesse fulgurante, observe Mathieu Guénette, et c’est là toute sa complexité actuelle. Ce qui est valable aujourd’hui ne le sera pas forcément demain. Les enseignants doivent penser à ça afin de préparer les élèves en conséquence.

Quand le multimédia a pris d’assaut le monde du travail, par exemple, les universités ont mis du temps à adapter leur contenu, parce qu’elles n’étaient pas assez outillées. Les ponts entre l’université et le monde du travail sont essentiels à une bonne préparation des étudiants.»

Études: Les bons élèves
Bien que l’obtention d’un doctorat soit prestigieux, les années d’études pour y parvenir n’offrent pas toujours les outils pour se préparer. Pour établir son palmarès 2016 des formations prometteuses, le site spécialisé en emploi Jobboom a considéré parmi ses critères un «taux d’emploi en rapport avec la formation supérieur à 75 %».

Aux niveaux professionnel, collégial et universitaire, voici les grands gagnants désignés par Jobboom:

Professionnel. Assistance technique en pharmacie, Mécanique de machines fixes, Mécanique d’engins de chantier, Techniques d’usinage, Aide à la personne à domicile.

Collégial. Technologie d’analyses biomédicales, Environnement, hygiène et sécurité au travail, Technologie des procédés et de la qualité des aliments, Techniques de bureautique (coordination du travail de bureau), Techniques d’orthèses visuelles.

Universitaire. Informatique et Sciences de l’informatique, Comptabilité et Sciences comptables, Génie industriel, Ergothérapie, Psychoéducation. De plus courte durée, les formations professionnelles sont généralement orientées sur le marché de l’emploi et l’embauche, préparant ainsi correctement à la réalité de terrain.

Selon Mathieu Guénette, les formations universitaires du domaine de la gestion (dispensées par des institutions comme HEC) offrent globalement un bon arrimage à la réalité du monde du travail. On y partage certes du contenu, mais on y offre surtout des outils. «On va, par exemple, souvent avoir un tronc commun de deux ans, au cours duquel on touche à tout, puis, les élèves se spécialisent, explique Mathieu Guénette. Ça les prépare à être polyvalents, et ils repartent avec un coffre à outils pensé en fonction du fait qu’ils doivent être opérationnels sur le marché du travail. On veut éviter les difficultés d’adaptation.»

Faire appel à des enseignants qui ne sont pas «universitaires de carrière», mais qui occupent aussi un emploi ailleurs, dans une institution entrepreneuriale, gouvernementale ou un organisme communautaire offre aux élèves une meilleure connaissance de ce qui les attend.

Quel que soit le domaine de formation, le conseiller d’orientation voit à ce que les stages soient toujours être privilégiés, et ce, bien avant la fin des études. «Un étudiant qui cerne mal la réalité de ce qui l’attend risque d’idéaliser [le marché du travail].»

En misant sur la découverte du réel grâce à une expérience sur le terrain dès le début de la formation, on réduit les risques de fausse route, et donc de décrochage. Multiplier les stages tout au long de la formation, qu’elle soit professionnelle, collégiale, ou universitaire, et varier les milieux fréquentés, voilà de quoi réduire l’écart entre la théorie apprise sur les bancs d’école et la réalité du terrain.

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