De nombreux parents promettent de l’argent à leurs enfants pour les motiver à avoir de bonnes notes scolaires. Si la stratégie semble à première vue directe et efficace, elle risque non seulement d’échouer, mais d’avoir un effet négatif sur le développement de l’enfant.

Une étude de l’université Harvard a fait grand bruit ces dernières années : le professeur d’économie Roland Fryer Jr a démontré que des enfants de deuxième année de Dallas payés pour lire des livres durant l’année scolaire avaient obtenu de meilleurs résultats à un examen de lecture standardisé.

Même si les résultats ont été probants, les effets à long terme de cet incitatif sont peu connus et pourraient être néfastes, car promettre de l’argent ou une récompense matérielle change la nature de la motivation à l‘égard l’apprentissage, qui devient extérieure plutôt qu’intérieure. «On veut avant tout que nos enfants apprennent pour le plaisir et pour avoir le sens de l’accomplissement», fait valoir la psychologue et professeure à la Faculté d’éducation de l’UQAM Christa Japel.

Or, utiliser des récompenses fait dépendre la motivation de cette prime. C’est la base de la théorie de l’autodétermination, développée par les professeurs de psychologie de l’université Rochester Richard Ryan et Edward Deci. Ceux-ci croient qu’en récompensant le résultat scolaire, on récompense n’importe quel comportement qui permet d’obtenir ce résultat, même la tricherie, alors que ce n’est pas souhaitable.

«Ça crée une culture mercantile ou matérialiste: on travaille fort à l’école pour avoir de l’argent. Comment peut-on développer l’altruisme chez l’enfant? Quand est-ce qu’on arrête de payer?» Christa Japel, psychologue et professeure à la Faculté d’éducation de l’UQAM

Pour Christa Japel, il est clair qu’il ne faut pas donner d’argent aux enfants pour les motiver. «Ça crée une culture mercantile ou matérialiste: on travaille fort à l’école pour avoir de l’argent. Comment peut-on développer l’altruisme chez l’enfant? Quand est-ce qu’on arrête de payer?» s’interroge-t-elle, ajoutant que les parents ne seront pas toujours présents pour «financer» cette motivation.

Elle s’inquiète également des conséquences sur l’enfant qui n’atteint pas son objectif et qui risque alors de se sentir rejeté. Cette approche peut aussi causer de la disparité et un sentiment d’injustice entre les membres d’une même famille si certains obtiennent la récompense et d’autres non.

Favoriser le renforcement social
Célébrer un bon bulletin après coup est différent, car le parent montre sa satisfaction sans avoir rien promis. L’enfant a donc dû se motiver lui-même pour obtenir de bonnes notes.
La majorité des professeurs de psychologie et d’éducation s’entendent pour dire qu’il vaut mieux favoriser le renforcement social plutôt que matériel pour motiver un élève. «Il faut le soutenir dans son apprentissage, avec de l’encouragement. On lui envoie le message que c’est sa responsabilité, qu’il est en mesure de le réussir lui-même», affirme Christa Japel.

Parfois, l’élève a de réelles difficultés d’apprentissage qu’une promesse d’argent ne réglera pas. Proposer de l’aide aux devoirs ou engager un tuteur est alors une bonne stratégie, car on met en place un système de soutien qui lui fournira les outils pour réussir. Les parents envoient aussi le message qu’ils tiennent à aider leur enfant et l’encouragent dans le processus d’apprentissage, souvent ardu.

Certains parents persistent cependant à promettre de l’argent en échange de bonnes notes. Christa Japel croit qu’ils sont tentés d’acheter la paix. «Ça prend beaucoup plus d’investissement de la part des parents d’accompagner l’enfant que de lui de promettre de l’argent.»

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