Métro En plus de devoir gérer leurs propres sources de stress, les jeunes doivent composer avec celui des adultes qui les entourent.

«Les enfants ne sont pas imperméables à notre culture de la performance, fait valoir Nadia Gagnier, psychologue, conférencière et formatrice spécialisée en recherche-intervention de la psychologie de l’éducation.

Que ce soit directement ou indirectement lié à cette pression, pas moins de 20% des élèves du secondaire rapportent avoir un niveau de détresse psychologique élevé, et 12% des élèves du secondaire ont reçu un diagnostic de trouble de santé mentale comme l’anxiété, la dépression ou un déficit d’attention.

«On remarque, au fil du temps, que la détresse psychologique est de plus en plus présente chez les jeunes», affirme pour sa part Patricia Leduc, formatrice Tel Jeunes, qui donne entre autres des ateliers sur la gestion du stress. Selon l’organisme d’intervention consacré aux jeunes de 5 à 20 ans, les demandes concernant la santé psychologique, qui comprend le stress et l’anxiété de performance, sont parmi les trois types de demande d’aide les plus fréquents.

«À l’école, au travail, dans les relations amicales, familiales, amoureuses… La pression de performer est dans toutes les sphères de la vie des jeunes», fait valoir Patricia Leduc.  En plus de devoir gérer leurs propres sources de stress, les jeunes doivent composer avec celui des adultes qui les entourent. «Les enfants captent beaucoup les émotions de leurs parents et des adultes autour d’eux, affirme la psychologue Nadia Gagnier. Même si les parents ne font pas directement pression sur leurs enfants pour les pousser à performer, ces derniers peuvent imiter l’attitude que leurs parents ou leurs enseignants ont eux-mêmes envers leur travail et leurs rôles.»

Une question d’équilibre
Cette pression n’est pas que mauvaise. Selon une étude britannique réalisée par l’université Reading’s School of Psychology, les aspirations parentales élevées poussent les élèves à réussir leurs études secondaires. En effet, les jeunes étudiants dont les parents ont un niveau certain d’exigence obtiennent de meilleurs résultats aux examens de mathématiques que ceux dont les parents ont des attentes moins élevées.

La même étude révèle par ailleurs que, si le niveau d’exigences des parents est trop important ou irréaliste, les résultats des enfants aux examens sont proportionnellement en baisse. Une trop grande pression à performer risque de provoquer une perte de confiance chez le jeune, de la frustration ou de l’anxiété, selon les chercheurs. Tout est donc une question d’équilibre.

S’il n’est pas bien dosé et contrôlé, le stress lié à la performance peut se transformer en anxiété de performance, une anxiété liée directement à la performance scolaire. «Les écoles sont nombreuses à me demander des conférences à ce sujet, autant pour outiller les parents que les enseignants», affirme Nadia Gagnier.
Les jeunes qui y sont prédisposés sont souvent ceux qui adoptent un profil bas en classe, explique la psychologue. Alors que la motivation à bien faire à l’école est souvent saine, elle peut dans leur cas causer de l’insomnie, des cauchemars, pousser l’élève à étudier plus que nécessaire ou encore à poser beaucoup de questions à son professeur. Cette anxiété peut même le mener à la démotivation scolaire et à la dépression.

C’est pourquoi il est important d’amener les étudiants à cultiver une confiance en eux et en leurs capacités et de miser davantage sur les processus d’apprentissage que sur les résultats, selon Mme Gagnier. «Il faut relativiser la notion d’échec, souligne-t-elle. Au lieu de viser le résultat et ne se concentrer que sur la note obtenue, il faut apprendre à l’enfant ce qu’il peut faire pour mieux apprendre.»

«Un bon pédagogue qui a confiance en lui donne confiance à ses élèves, continue la psychologue. L’enseignant qui n’a pas confiance en ses qualités de pédagogue se concentre sur les notions à transmettre et les résultats, non sur la façon de transmettre ce qu’il sait. Des cercles vicieux ou vertueux peuvent s’installer très facilement en classe, et ça vaut tout autant à la maison avec les parents.»

Le bon et le mauvais stress

Le stress est le mal invisible de notre société contemporaine. Mais comme la pression de performance, il n’est pas que mauvais. «Le stress peut aider, souligne Patricia Leduc, formatrice Tel Jeunes, qui donne des formations sur le sujet. Le stress aide, entre autres, un athlète à se surpasser et à se rendre aux Olympiques. À la base, si l’être humain ne ressentait pas un minimum de stress, il n’aurait pas survécu au temps des mammouths. Le problème, aujourd’hui, c’est que le corps s’active devant un élément stressant, mais qu’il n’y a plus de mammouth à fuir ou à attaquer.»

S’il n’est pas évacué à court terme, ce stress peut engendrer des difficultés à se concentrer, du négativisme, du découragement, une perte d’intérêt, de l’irritabilité, des sautes d’humeur… Physiquement, les jeunes parleront de maux de ventre et de tête, de boule dans l’estomac, de perte d’appétit et de sommeil. «Notre capacité à garder l’équilibre est moins grande en situation de stress», ajoute Mme Leduc.

À long terme, des jeunes peuvent compenser par la consommation de drogue, d’alcool, de nourriture ou du jeu excessif. On parle aussi de dépression, de troubles anxieux, de détresse psychologique. Il faut alors offrir au jeune une aide professionnelle, conseille Patricia Leduc.

Des trucs

Plusieurs outils peuvent être utilisés sur une base quotidienne pour éviter que le stress ne prenne toute la place. Outre le sport, dont on parle souvent, les façons d’évacuer ce stress sont diverses. En voici quelques-unes, partagées par la formatrice Tel Jeunes Patricia Leduc.

•    Déterminer et comprendre la ou les sources de stress
•    Faire de la méditation
•    Rire, en regardant par exemple des vidéos sur YouTube
•    Écouter de la musique, danser, chanter
•    Expérimenter la cohérence cardiaque à l’aide d’exercices de respiration
•    S’offrir des temps morts  chaque jour, idéalement d’une heure, sinon d’au moins 15 minutes, sans stimuli extérieurs comme un cellulaire ou un ordinateur.
•    Faire des gestes d’entraide (des études ont prouvé que faire preuve d’altruisme fait du bien et augmente la réponse positive du système immunitaire)
•    Discuter avec ses parents du stress et de la pression de performance ressentis

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