Chantal Levesque Mérichel Diaz

«Je me sens presque plus mexicaine en vivant ici que lorsque j’habitais mon pays.» Mérichel Diaz pointe son sac en cuir, belle pièce d’artisanat, et ses boucles d’oreilles aux motifs et couleurs évoquant Frida Kahlo. «Je ne portais jamais ça au Mexique ! Mais ici, ça va de soi; c’est comme une façon de faire vivre ma culture d’origine, de déjouer les clichés des tout inclus et des cartels.»
Son coup de cœur pour le Québec tient surtout à l’ouverture des gens. «Ils sont curieux des cultures étrangères, tout en étant capables de garder la leur vivante. Mais plus concrètement… j’aime la poutine !» s’amuse-t-elle.

À 18 ans, Mérichel Diaz passe six mois à Toronto pour y apprendre l’anglais. Elle aime l’expérience, les gens, le rythme de vie et décide qu’elle reviendra. Par amour, c’est à Montréal qu’elle s’installe en 2010. Sachant qu’elle veut rester, elle demande une résidence permanente. «J’avais toujours pensé vivre à l’étranger. J’ai grandi à Cancún, travaillé sur des bateaux de croisière, vécu en Andorre (minuscule république autonome enclavée entre l’Espagne et la France)…» Aujourd’hui, elle est ici chez elle. «Il faut savoir être heureux là où on est. Après six ans, c’est mon choix de rester, ma vie est ici. Quand je suis arrivée, je savais que c’était pour longtemps.»

«Tous les immigrants passent forcément par un processus d’adaptation, et ce n’est pas facile. Apprendre le français a été mon premier défi.» Une fois la langue apprivoisée, Mme Diaz se cogne au malheureusement classique argument du manque d’une première expérience canadienne pour trouver un emploi. «C’est infantilisant. Au fil des refus, la confiance s’estompe.» Mais elle tient bon. «Quand on immigre par choix, on a forcément un esprit fort et aventureux. On perd un peu confiance en soi quand on arrive, alors il faut saisir toute l’aide offerte. Pas juste apprendre la langue, mais s’intéresser aussi à la culture, à l’histoire, comprendre où on vit. Et rester positif.»

Avec sa formation en affaires internationales, Mérichel Diaz décroche finalement un emploi à la logistique d’une entreprise d’import-export. Trois ans plus tard, un chasseur de têtes à la solde d’un compétiteur la débauche. «C’était flatteur. Mais rapidement, j’ai réalisé que je n’avais pas envie d’aller plus loin dans ce domaine.»

Depuis longtemps, elle est interpelée par l’entrepreneuriat. Voilà plusieurs années, alors encore au Mexique, elle s’est prise d’affection pour la fabrication de savons. Ce qui a longtemps été un passe-temps devient sa raison d’être professionnelle. «Se lancer en affaires est un risque. Mais j’ai senti que je devais quitter mon emploi. Quelque chose me disait : “C’est maintenant ou jamais.” J’ai enregistré mon entreprise et très vite réalisé que je ne pouvais pas arrêter, que c’était toujours en croissance.»

Avec Maya Mia, sa fabrique de savons, elle reçoit de l’aide destinée aux jeunes entrepreneurs, puis intègre le programme Incubateur HEC, qui offre des ateliers sur les modèles d’affaires et la structure d’entreprise. Lancée en septembre 2015, sa marque est aujourd’hui distribuée dans sept boutiques montréalaises et est offerte en ligne. Associée à des apiculteurs mexicains (le miel est la base de ses produits), elle jette ainsi un pont entre ses racines et ses ailes.

Mérichel Diaz revient sur ce parcours avec un sourire jamais éteint. Malgré l’absence, la distance avec les siens. «Il faut se concentrer sur le positif plutôt que sur ce qui nous manque. C’est ce qui m’aide et me donne le courage d’avancer. Nos racines sont une zone de confort. Depuis six ans, je vis en dehors de cette zone, et c’est justement ça qui me fait grandir. J’ai dû apprendre une langue, trouver un emploi, obtenir la résidence permanente puis la citoyenneté… Et finalement, je suis devenue entrepreneure. Tout ça nécessite d’évoluer hors du confort. C’est parfois stressant. Mais ça nous pousse, et c’est la seule façon de réaliser des choses.»

Une fois par mois, Métro propose des portraits inspirants de Montréalais issus de l’immigration qui témoignent de leurs parcours et de leurs succès. L’émission de Radio-Canada International Tam-Tam Canada a produit une version radio de ce reportage. Réalisée par la journaliste Paloma Martinez, cette émission est accessible sur le site de RCI.

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