Les enfants qui ont un trouble du déficit de l’attention ont un grand besoin de bouger. Les vélos-pupitres, mis au point par l’orthopédagogue Mario Leroux, leur permettent de pédaler tout en travaillant. Entrevue et témoignage.

Mario Leroux a une connaissance intime du trouble de l’attention (TDA): il en est lui-même atteint, comme deux de ses trois enfants. «Je baigne là-dedans depuis des années, dit-il. Je suis toujours à la recherche de solutions.»

L’an dernier, sa quête d’outils permettant d’améliorer l’attention en classe l’a mis sur la piste de vélos américains conçus spécialement pour un usage scolaire, avec leur plan incliné permettant d’y déposer un livre ou un cahier d’exercices. Les quatre exemplaires commandés pour l’école primaire de Laval où il travaille l’ont déçu : «J’ai dû les réparer avant même de les envoyer dans les classes, et ils étaient de nouveau brisés après quelques mois.»

L’orthopédagogue a alors entrepris de développer un modèle de vélo-pupitre à la hauteur de ses attentes. Au terme de six mois d’essais et d’ajustements, l’engin était fin prêt pour la commercialisation. Le nouvel entrepreneur est fier du résultat: «C’est un modèle silencieux et extrêmement solide. Je vise une durabilité de 20 ans! Le vélo s’ajuste en quelques secondes et convient aux personnes qui mesurent de 4 à 6 pi [de 1,2 à 1,8 m].»

Il s’agit en outre d’un produit entièrement québécois, puisque les vélos-pupitres sont fabriqués dans une usine de Napierville, en Montérégie.

Se concentrer en pédalant
Étant donné la nouveauté du produit, aucune étude n’a encore été réalisée pour démontrer l’efficacité du vélo-pupitre. Plusieurs recherches, dont celle du chercheur en kinésiologie de l’Université Laval Philippe Simard, ont cependant conclu que l’activité physique augmente de manière significative la capacité d’attention des enfants qui présentent un TDA.

Mario Leroux est convaincu des bienfaits de son produit: «Si l’élève travaille au vélo-pupitre pendant un quart d’heure, puis retourne à sa place, l’effet va se prolonger pendant une quinzaine de minutes. Ce qui donne au total une bonne demi-heure où l’enfant a des performances à la hauteur de son talent.» Il ajoute que pédaler en classe est également profitable aux enfants anxieux, distraits ou impulsifs.

Un succès immédiat
Vendus en ligne depuis l’automne dernier, les vélos-pupitres ont rapidement suscité l’engouement. Une centaine d’exemplaires, qui se détaillent environ 1 600 $ chacun, ont jusqu’à maintenant trouvé preneur. «Ce sont à 90 % des écoles qui les achètent, souvent grâce à des dons privés. Les 10 % qui restent sont achetés par des parents, pour un usage à l’école ou à la maison», explique leur concepteur.

Et les demandes viennent d’un peu partout : «D’ici quelques semaines, j’envoie une cargaison de vélos-pupitres en Europe.» Le site web de son entreprise, Bouger pour réussir, reçoit des visiteurs provenant d’aussi loin que l’Océanie, se réjouit Mario Leroux.

Pour en savoir plus: www.bougerpourreussir.com

Si l’élève travaille au vélo-pupitre pendant un quart d’heure, puis retourne à sa place, l’effet va se prolonger pendant une quinzaine de minutes. Ce qui donne au total une bonne demi-heure où l’enfant a des performances à la hauteur de son talent.» – Mario Leroux, orthopédagogue et concepteur du vélo-pupitre

 

Dans la classe de madame Karine
C’est pour aider l’un de ses élèves particulièrement impulsifs à mieux gérer ses émotions que Karine Veilleux, enseignante de sixième année à l’école du Harfang-des-Neiges, à Stoneham-Tewkesbury, a eu l’idée d’installer un vélo-pupitre dans sa classe.

Après trois mois d’utilisation, l’enseignante dresse un bilan positif de l’expérience : «C’est un outil de gestion de classe moins dur pour l’estime de soi que les avertissements et les retraits. Pédaler 10 minutes calme vraiment les élèves.

On dirait même que ça canalise l’énergie de tout le groupe.» Elle n’irait pas jusqu’à dire que le vélo-pupitre améliore les résultats scolaires, mais elle n’hésite pas à recommander l’appareil aux autres enseignants.

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