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Médecin dans son pays, chauffeur de taxi ici. Hélas, les chiffres tendent à confirmer
ce cliché.

Publiée il y a quelques années, une étude de Statistique Canada sur la surqualification des diplômés universitaires au pays montrait que 43% des immigrantes et 35% des immigrants diplômés universitaires (mais qui n’ont pas obtenu leur diplôme au Canada ou aux États-Unis) occupaient un emploi exigeant des études secondaires… ou moins. Cela représente un écart de plus de 20 points de pourcentage par rapport aux personnes nées au Canada et ayant obtenu leur diplôme au Canada ou aux États-Unis.

Oui, les nouveaux 
arrivants ont plus de mal à trouver un emploi au Québec qui soit à la hauteur de leurs compétences. Pourquoi? Sid Ahmed Soussi est professeur au Département de sociologie de l’UQAM. Il explique que l’intégration professionnelle diffère en fonction du contexte migratoire: «On constate que c’est toujours plus difficile pour les immigrants de première génération. Ceux qui arrivent au Québec à l’âge adulte font face à un déphasage culturel et linguistique parfois difficile à surmonter. Ce phénomène se résorbe avec les immigrants de deuxième et troisième génération.»

Pour le chercheur, qui croit que «l’intégration passe d’abord et avant tout par le travail», les conséquences peuvent être désastreuses: «Ces problèmes d’intégration au marché du travail amènent une ghettoïsation, une marginalisation d’une certaine partie des immigrants. Et cela coûte cher à l’État.»

Pour M. Soussi, «il y a un grave problème dans la concordance entre la capacité d’accueil et la réalité des immigrants. L’hétérogénéité et la diversité du capital humain ne sont pas prises en compte par les instances gouvernementales.» Ainsi, les immigrants peuvent faire face à d’importants problèmes d’intégration, notamment la reconnaissance de leurs diplômes, processus souvent long et fastidieux.

Le Conference Board du Canada fait de son côté état de trois freins majeurs à l’intégration: une reconnaissance trop faible des diplômes et des compétences étrangères, la mauvaise application des politiques d’intégration et la discrimination à l’embauche.

«On constate que c’est toujours plus difficile pour les immigrants de première génération. Ceux qui arrivent au Québec à l’âge adulte font face à un déphasage culturel et linguistique parfois difficile à surmonter.» –Sid Ahmed Soussi, professeur au Département de sociologie de l’UQAM

D’abord, mieux sélectionner
Sid Ahmed Soussi est particulièrement critique envers la manière de sélectionner les candidats à l’immigration. «Le Québec met l’accent sur la capacité de parler français et les diplômes, mais peine à reconnaître la formation ou l’expérience professionnelle une fois que la personne est arrivée ici.»

Selon lui, il y aurait deux politiques à mettre en place pour permettre une meilleure intégration sur le marché québécois du travail. D’abord, reconnaître les diplômes avant l’arrivée au Québec, en amont, pour que le candidat puisse travailler dès son arrivée et non pas se heurter à des portes closes ou devoir accepter un emploi précaire.

Ensuite, revoir la manière même de «sélectionner» les nouveaux arrivants. «Il faudrait une véritable politique d’intégration afin de mettre en concordance les critères de sélection des immigrants avec les marchés locaux.»

Alors, à quand une intégration des immigrants… pensée pour les immigrants?

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