Chantal Lévesque Marie-Emilie Sambou

À la mort de son mari, Marie-Emilie Sambou se retrouve seule, sans statut légal au pays, avec sept jeunes enfants. Aujourd’hui, c’est depuis son école et service traiteur en pâtisserie qu’elle raconte son histoire.

Dans le quartier Côte-des-Neiges, le centre de formation va bon train depuis son ouverture en décembre 2014. Le chemin jusque-là a été sinueux. Quand elle rejoint son mari depuis le Sénégal (médecin, il venait se former en épidémiologie à l’Université de Montréal), elle arrive avec un visa de touriste. Lorsqu’il meurt de manière inattendue, la chute est vertigineuse. Marie-Emilie retrousse ses manches.

Il lui faudra environ cinq ans avant de trouver la stabilité nécessaire pour penser à un projet professionnel pour elle-même. Cinq années consacrées à ses enfants et aux démarches pour régulariser sa situation administrative.

Designer de mode et professeure de couture dans son pays d’origine, elle ne veut pas poursuivre dans ce secteur. «J’aimais la pâtisserie et j’aimais enseigner. Le projet d’école et de traiteur s’est imposé.» Sans pécule personnel et avec un profil trop risqué pour les institutions financières, elle n’accède pas au financement traditionnel. Une rencontre déterminante changera la donne.
À l’Association communautaire d’emprunt de Montréal (ACEM), on l’aide d’abord à monter son plan d’affaires. Son projet est approuvé, et elle bénéficie d’un prêt de 10 000 $. Marie-Emilie achète l’équipement nécessaire et ouvre son école dans la foulée. «Au-delà de l’aide financière, c’est l’accompagnement qui m’a aidée. J’ai acquis un statut d’entrepreneure, regagné mon estime et le courage de me relever. Aujourd’hui, ma fierté est de participer à l’économie du pays. Une façon indirecte de donner au suivant.»

Indu Krishnamurthy, directrice générale adjointe de l’ACEM, insiste justement sur l’accompagnement. «Tout est basé sur le lien qu’on crée avec nos bénéficiaires.» Depuis 
27 ans, l’organisme assure une mission de lutte contre la pauvreté et l’exclusion en finançant les projets de travailleurs autonomes précaires. Premier fonds de microcrédit au Canada (d’autres ont essaimé depuis), l’organisme accorde 
49 % de ses prêts à des nouveaux venus au pays. Non que ça fasse explicitement partie de sa mission, mais ils comptent parmi les plus vulnérables.

Le programme Objectif reconnaissance permet à des professionnels hautement qualifiés d’obtenir plus rapidement une équivalence de diplôme. Cet ingénieur, par exemple, fraîchement immigré, qui devait débourser 900 $ pour que l’Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ) étudie son dossier, puis 300 $ par examen exigé par l’OIQ. Un fardeau pour nombre d’immigrants. Près de 40 % des bénéficiaires de ce programme sont des professionnels de la santé, et environ
40 % sont des ingénieurs et des architectes.

Lauréate du prix Diversité ethnoculturelle de Concertation Montréal en 2016, l’ACEM peine à survivre. Ses subventions provinciales ont fondu de 20 % au cours des quatre dernières années. Pourtant, les résultats sont là, déplore Indu Krishnamurthy. «Près de 80 % des bénéficiaires sont sous le seuil de pauvreté quand ils arrivent. Nous avons aidé des gens à (re)devenir dentistes dans leur pays d’accueil.» Le budget fédéral annonçait début avril une somme de 27,5 M$ sur cinq ans, octroyée au Plan pour l’innovation et les compétences, ciblant notamment une meilleure insertion professionnelle des nouveaux arrivants. Au moment de notre entrevue, l’ACEM ne savait pas comment le gouvernement du Québec redistribuerait sa part de l’enveloppe dans la province.

Une fois par mois, Métro propose des portraits inspirants de Montréalais issus de l’immigration qui témoignent de leurs parcours et de leurs succès.

L’émission de Radio-Canada International Tam-Tam Canada a produit une version radio de ce reportage. Réalisée par la journaliste Paloma Martinez-Mendez, cette émission est disponible sur le site de RCI (rcinet.ca/francais).

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