Une ré­cente étude publiée par la Fondation de l’entrepreneurship (FED) révèle qu’au cours de la prochaine décennie, plus de 38 000 chefs d’entreprise québécois ne parviendront pas à se trouver de successeur. Pour contrer cette pénurie, il faut repenser la formation des futurs entrepreneurs. «Notre province souffre d’un déficit entrepreneurial, notamment parce que les Québécois sont moins entreprenants que les autres Canadiens», affirme le président-directeur général de la FED, Alain Aubut. Comme le rappelait régulièrement son prédécesseur, Mario Girard, le Québec valorise beaucoup plus la «culture du hockey» que la «culture entrepreneuriale».

Pour renverser la vapeur, Nathaly Riverin, directrice générale de l’école d’entrepreneurship de Beauce, croit que les chefs d’entreprise doivent s’impliquer plus activement dans la formation des futurs dirigeants. «On fait déjà beaucoup d’efforts pour en­courager la relève, mais tant qu’on ne sortira pas du cadre traditionnel, c’est-à-dire des professeurs qui tentent d’inculquer des notions abstraites debout devant une classe, ça ne donnera que des résultats mitigés», déclare-t-elle.

À la FED, on reconnaît que les formations actuelles manquent parfois de dynamisme. «Pour intéresser les jeunes, nous misons plutôt sur des témoignages de personnalités du milieu. Les meilleurs ambassadeurs du métier, ce sont les entrepreneurs eux-mêmes, parce qu’en plus de savoir ce qu’ils font, ils sont passionnés», indique Alain Aubut.

M. Aubut rappelle également qu’un entrepreneur «apprend mieux dans l’action que sur un banc d’école». «La formation académique permet d’assimiler certaines techniques, comme la rédaction d’un plan d’affaires. Malheureusement, l’école forme surtout des gestionnaires. Un bon entrepreneur peut être un bon gestionnaire. Toutefois, l’inverse n’est pas nécessairement vrai», dit-il.

Par ailleurs, certaines aptitudes, comme apprendre à saisir les opportunités ou savoir s’entourer, ne s’enseignent pas à l’école. Mais selon M. Aubut, il ne faut pas pour autant négliger la formation des entrepreneurs de demain. «L’enseignement demeure un outil de sensibilisation extraordinaire. Et puis, même si tous les élèves ne partent pas une affaire, ils auront au moins acquis des valeurs entrepreneuriales, telles que la persévérance et la créativité», précise le PDG.

Éduquer les cédants
Former la relève, c’est une chose. Mais encore faut-il éduquer ceux qui devront bientôt céder les rênes de leur entreprise. «Les chefs d’entreprise sont encore trop peu sensibilisés à l’importance de bien planifier le transfert de leur affaire», déplore Éric Dufour, responsable national du transfert d’entreprise chez Raymond Chabot Grant Thornton. «Pour eux, ce n’est pas une priorité, parce que préparer sa succession s’inscrit dans le long terme. Or, les dirigeants sont plus habitués à s’occuper de la gestion quotidienne», explique Sylvain Martin, chargé de projet, développement des affaires, du SAJE (Service d’aide aux jeunes entrepreneurs).

Selon M. Dufour, les cé­dants opposent beaucoup de résistance par manque de ressources et de support. «Certaines initiatives, comme les centres de transfert d’entreprises, ont été mises sur pied, mais ce n’est pas suffisant. Les gouvernements et les communautés doivent se mobiliser pour aider les chefs d’entreprise qui approchent de la retraite à surmonter leurs craintes et leurs appréhensions», insiste-t-il.

Une école pas comme les autres
Au mois de septembre dernier, l’École d’entre­preneuship de Beauce (EEB) ouvrait ses portes.Il s’agit de la première institution d’enseignement au Canada conçue par et pour les entrepreneurs. «Nous étions préoccupés par le problème de la relève. Nous avons donc décidé de rencontrer plusieurs dirigeants d’entreprise afin de savoir ce qu’ils auraient aimé ap­prendre à l’école. C’est ce qui nous a permis de bâtir une formation qui répond vraiment aux besoins du milieu», ex­plique Nathaly Riverin, directrice générale de l’école.

En plus d’avoir participé à l’élaboration des cours, une trentaine de membres du Québec inc. agissent à titre «d’entraîneurs». Par le biais de témoignages et d’é­chan­ges, des chefs de file tels que Jean Coutu et Jean-Pierre Sauriol, président de la firme d’ingénierie Dessau, partagent leur expérience et leur savoir avec les aspirants entrepreneurs.

Le programme, qui propose près de 100 jours de formation échelonnés sur deux ans, ne s’adresse qu’aux étudiants qui possèdent déjà une expérience du monde des affaires. «Nous pouvons ainsi leur proposer du contenu sur mesure», précise Mme Riverin. Pour ceux que la formation intégrale n’intéresse pas, l’EEB propose également des activités à la carte.

Pour plus de détails, visitez le www.eebeauce.com

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