Collaboration spéciale Arpik Souvalian (à droite), accompagnée de Tamar Zeroghlian et d’Abeer Awada Allah

Mené par deux femmes d’affaires, le service de traiteur Les Filles Fattoush embauche des réfugiées syriennes pour faciliter leur intégration à la société québécoise.
Un emploi qui, mine de rien, redonne leur autonomie à ces femmes qui ont connu la guerre.

Elles sont chimistes, journalistes, avocates, coachs d’équipes sportives nationales et directrices d’écoles. Elles ont obtenu le statut de réfugiées en 2015 et, freinées par la langue, leur âge ou une combinaison des deux facteurs, elles n’avaient toujours pas d’emploi jusqu’à ce qu’elles croisent le chemin des Filles Fattoush, l’année dernière.

«Permettre à quelqu’un de travailler, c’est au cœur de la dignité humaine. Ça lui permet d’être un membre actif de la société», souligne Geneviève Comeau, directrice des communications de l’entreprise sociale créée par la documentariste Josette Gauthier et l’entrepreneure d’origine syrienne Adelle Tarzibachi.

Les cofondatrices emploient actuellement 22 de ces femmes à temps partiel. Inspiré du mouvement Give Work, le service de traiteur propose des plats syriens typiques pour de petits ou de grands groupes. Et à en croire les nombreux commentaires laissés par les clients sur leur page web, le résultat est
délicieux.

«Les entreprises d’ici peuvent vraiment faire une différence dans l’intégration des réfugiés.» – Geneviève Comeau, directrice des communications des Filles Fattoush

L’urgence d’agir
Avant la guerre, Arpik Souvalian était journaliste et traductrice au palais présidentiel syrien. Le 10 juin 2015, seule avec ses trois enfants, cette femme qui est aujourd’hui âgée de 60 ans est arrivée au Québec pour fuir le conflit. Malgré sa maîtrise du français et ses efforts multiples pour se trouver un travail, aucun employeur n’a voulu l’embaucher. Jusqu’à ce que Les Filles Fattoush lui offrent un emploi.

«J’ai longtemps cherché un emploi, mais je n’en trouvais pas à cause de mon âge, même si je parle français», témoigne-t-elle.

«Il y avait urgence d’agir. Les femmes syriennes sont isolées et elles manquent de ressources d’aide familiale», martèle Geneviève Comeau.

«Nous, ce qu’on offre, c’est une première expérience de travail à ces femmes, parce que ce qui est difficile, c’est d’écrire la première ligne dans le CV», explique la responsable des communications, qui a récemment quitté son emploi pour se concentrer à l’entreprise à temps plein.

«Ce qu’on veut, c’est prendre de l’expansion, diversifier nos produits, générer le plus d’occasions possibles pour ces femmes et, éventuellement, pour celles qui en ont l’intérêt, les intégrer dans la gestion de l’entreprise, ajoute-t-elle. C’est vraiment de l’empowerment féminin.»

L’empowerment, ce processus qui permet à une personne de se développer de manière autonome pour qu’elle puisse elle-même, éventuellement, transformer son mode de vie, semble en effet être le mot juste pour décrire la mission que se sont donnée Les Filles Fattoush.

«En cuisine, on peut rire, évoquer ensemble notre vie en Syrie et pratiquer notre français sans gêne. On s’aide entre nous, confie Arpik Souvalian. On a enfin pu imposer notre existence dans la société québécoise.»

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