Bien que le décrochage scolaire ait globalement diminué au Québec au cours des dernières années, il demeure bien complexe à prévenir et à éradiquer. Survol de la situation avec Monique Brodeur, doyenne de la faculté des Sciences de l’éducation de l’UQAM.

Le taux de Québécois qui terminent leur secondaire en cinq ans est de 64%, selon l’Institut du Québec. Comment devons-nous voir ces statistiques?
Si on veut encourager la persévérance, il faut d’abord que le système et ses acteurs s’encouragent et voient les progrès qui ont été faits. Des progrès importants ont été réalisés. Avant 1960, le niveau de scolarisation des Québécois était très faible, et rares étaient les femmes qui se rendaient à l’université. On a réussi à trouver des solutions à des problèmes plus «facilement résolubles», entre guillemets, mais au fur et à mesure qu’on fait reculer le décrochage, on arrive dans des zones qui sont plus difficiles à faire bouger.

Quelles sont ces causes de décrochage plus complexes?
La pauvreté est un grand facteur lié au décrochage scolaire. Mais faire reculer la pauvreté, ce n’est pas simple. Il y a aussi la question des troubles d’apprentissage, autant dans les milieux favorisés que défavorisés. Il faut alors aider les jeunes à persévérer sur le chemin de la réussite. Et l’université n’est pas nécessairement la finalité de la réussite. Tout le monde peut développer son plein potentiel dans le secteur où il a le goût d’évoluer.

Étant donné ces causes multiples, est-ce qu’une des clés ne serait pas d’offrir une diversité de possibilités?
Nous devons adopter des stratégies multimodales, c’est certain, et il existe un très grand nombre d’initiatives intéressantes pour lutter contre le décrochage. On sait aussi par ailleurs qu’une des difficultés déterminantes est liée aux capacités de lecture à l’âge de sept ans. À la fin de la deuxième année du primaire, l’enfant qui a des difficultés à lire a plus de risques de décrocher une fois rendu au secondaire. Comment expliquez-vous cela? La lecture est une capacité essentielle dans toutes les disciplines à l’école. Normalement, l’enfant sait lire à sept ans et lira ensuite pour apprendre. Sinon, il se retrouve dans des situations difficiles dans toutes les matières à chaque fois qu’il a du matériel à lire. Il prend alors du retard, n’est plus capable de suivre et on l’échappe.

Comment peut-on alors prévenir ces difficultés?
On sait que les interventions sont intéressantes dès la naissance. L’apprentissage du vocabulaire, l’exposition au langage écrit à la garderie, au CPE, à la maternelle, l’apprentissage de la lecture par des jeux… L’idée est d’intégrer ça aux autres activités. Une de mes collègues a aussi fait des travaux sur l‘interaction entre l’adulte et l’enfant par rapport à la lecture. C’est important que le parent établisse une relation bienveillante et chaleureuse pour encourager une autonomie de lecture croissante de son enfant, par exemple.

L’université n’est pas nécessairement la finalité de la réussite. Tout le monde peut développer son plein potentiel dans le secteur où il a le goût d’évoluer. – Monique Brodeur, doyenne de la faculté des Sciences de l’éducation de l’UQAM

Décrocher en contexte de crise
Environ 60% des décrocheurs ont des difficultés scolaires au moment de quitter les bancs de l’école. Mais qu’est-il arrivé aux 40% qui restent? Selon une récente étude menée par Éric Dion, professeur au Département d’éducation et formation spécialisées de l’UQAM, une partie de ces élèves décrocherait en contexte de crise. Parmi les décrocheurs que le chercheur a suivis dans le cadre de son étude, «environ 75 % des problématiques ayant conduit au décrochage des élèves n’étaient pas liées à l’école, mais à des problèmes familiaux, des conflits avec les pairs ou à d’autres causes», peut-on lire dans Actualités UQAM.

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