Au travail, certaines personnes n’acceptent pas l’erreur et fuient le changement. C’est ce qu’on appelle la mentalité fixe.

En quoi consiste-t-elle? 
Comment y remédier?

Un état d’esprit paralysant
Pour Carol Dweck, psychologue et professeure à l’université Stanford, la mentalité fixe est une structure mentale qui, dès l’enfance et au fil des expériences de vie, conditionne un individu à croire que ses habiletés personnelles sont immuables. «La phrase “je suis comme ça et je ne peux pas changer” est typique de cette mentalité», déclare France Paradis, auteure et formatrice en intervention psychosociale.

Dans cet état d’esprit, la personne confond ses réalisations et sa valeur intrinsèque. À ses yeux, un mauvais résultat confirme son manque d’intelligence ou de capacités. «Elle s’identifie rigidement à ses projets et oublie l’importance du processus, précise France Paradis. Se sentant constamment menacée, elle n’est pas en bonne posture pour apprendre. Ces gens-là sont terrorisés et épuisés.»

Des collaborateurs difficiles
Les individus dotés de cette mentalité craignent l’innovation et évitent la prise de risque. Ils dépensent une énergie mentale et émotionnelle considérable à se protéger, en adoptant une attitude supérieure, rigide et intolérante. «Les collègues deviennent des juges; la réussite des autres les menace, et les critiques, même constructives, sont vécues comme des désaveux», explique la formatrice.

Des collègues incompris
«Beaucoup d’employeurs tentent en vain de comprendre rationnellement leur employé et procèdent à des interventions de plus en plus musclées, remarque France Paradis. En fin de compte, le gestionnaire s’épuise lui aussi dans ce regrettable perdant-perdant.» Pourtant, la personne enfermée dans une mentalité fixe n’est pas de mauvaise foi. Il s’agit pour elle de mécanismes de protection dont elle n’a généralement pas conscience.

Un état mental modifiable
À cette mentalité fixe, Carol Dweck oppose la mentalité d’apprenant : un état d’esprit basé sur la conviction implicite que nos facultés peuvent être développées.
De plus, une mentalité ne caractérise pas à elle seule un individu. «Nous pouvons faire preuve d’un état d’esprit fixe dans un domaine et en avoir un d’apprenant dans un autre, et ce à divers degrés», précise France Paradis.

L’avancée des neurosciences a d’ailleurs cassé le mythe d’un nombre limité de neurones qui diminuerait inéluctablement avec l’âge. Notre faculté d’apprendre resterait intacte et, selon l’orthopédagogue de formation, «personne ne peut prédire la limite d’apprentissage d’un être humain, même pas celui-ci»!

Comment changer?
Transformer un état d’esprit au travail relève d’abord de la responsabilité des décideurs. Pour France Paradis, «l’entreprise doit accueillir les erreurs avec grâce, cesser de les montrer du doigt et outiller son personnel».

«À titre personnel, je dois comprendre ce que ça me coûte et à quel point ça m’emprisonne, souligne l’intervenante. Puis, je dois me faire à l’idée que mes capacités d’apprentissage sont inépuisables. S’entraîner peu à peu à la mentalité d’apprenant, c’est entreprendre une petite chose nouvelle par semaine, oser, s’exercer, changer son discours intérieur.»

À celles et à ceux qui se reconnaissent ici, France Paradis rappelle «l’importance d’avoir une immense bienveillance envers soi-même et ses trébuchements». Notre cerveau a besoin de commettre des erreurs pour apprendre. C’est ainsi qu’il se développe.

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