Denis Beaumont/Métro Conscient du manque d’occasions de réseautage pour les immigrants dans le milieu des affaires, Christophe Berthet cofonde, en 2012, le Salon de l’immigration et de l’intégration au Québec.

Une fois par mois, Métro propose, en collaboration avec le projet Alliés Montréal de la Conférence régionale des élus de Montréal (CRÉ), des portraits inspirants de Montréalais issus de l’immigration qui témoignent de leurs parcours et de leurs succès.

Quand Christophe Berthet apprend, en plein mois de janvier, que c’est en Mauricie que son entreprise l’envoie en vacances tous frais payés, c’est «la douche froide.»

Chaque année, la BNP Paribas, employeur de Christophe en France, offre une semaine de congé à quelques-uns de ses meilleurs éléments. «Habituellement, puisqu’on partait en janvier, on était envoyés au soleil. On apprenait la destination quelques semaines seulement avant de s’envoler», raconte-t-il. En cette fin de décembre 2003, déjà en mode maillot de bain, il apprend que c’est à Montréal que l’avion se posera. Stupeur.

Christophe marque une brève pause dans son récit avant d’aller à l’essentiel. «On a adoré! Tout nous a plu. La Mauricie, Québec et Montréal; c’était le froid, la neige, la motoneige, le ski, les chiens de traîneau…» Au verso de la carte postale, Christophe et sa femme – qui le rejoint au terme de la première semaine – écrivent alors, sans le savoir, les premières lignes d’une immigration totalement imprévue.

Le coup de cœur initial est si puissant qu’ils achètent l’année suivante un terrain dans les Laurentides pour y construire un chalet. «J’avais neuf semaines de vacances: on pouvait en profiter un mois l’été, un mois l’hiver.»

En 2008, la famille dépose une demande de résidence permanente, «pour voir», qui est acceptée sept mois plus tard. Christophe étudie le marché de l’emploi. En novembre 2008, il ressort du Salon du recrutement financier et de l’assurance de Montréal peu convaincu de ses chances. «Mon CV correspondait aux normes françaises, je découvrais que l’Autorité des marchés financiers (AMF) régissait tout et qu’il me faudrait repasser des examens… Je me suis rendu compte que le chemin s’avérerait plus ardu que ce que j’imaginais, confie-t-il. Déçu, mais résilient, à une période de ma vie où j’avais besoin de relever des défis, c’était une occasion à saisir. Conscient de l’existence d’une différence de culture professionnelle entre nos deux pays, je suis rentré sans avoir rien trouvé de concret.»

La surprise est de taille lorsqu’il reçoit peu de temps après une proposition d’entrevue pour le groupe Allstate, où il avait laissé ses coordonnées sans aucune attente. Quand il rencontre le directeur en janvier 2009 à Montréal, le courant passe d’emblée. Christophe repart pour mieux revenir. Promis à un avenir professionnel florissant et occupant un poste prestigieux au sein de la BNP, il laisse collègues et amis perplexes. Malgré une «énorme» perte de salaire, il fonce. «J’ai pris une année sabbatique, je gardais quand même un filet de sécurité», indique-t-il.

Si le risque est calculé, l’arrivée à Montréal, fin mars 2009, n’en est pas moins abrupte. «J’étais seul avec ma valise, je ne connaissais personne.» Sa femme attend la fin de l’année scolaire pour le rejoindre avec leurs trois enfants. Christophe doit passer les équivalences requises par l’AMF et se refaire un réseau d’amis. Parti de son grand bureau avec terrasse surplombant le centre-ville de Lille, il se retrouve dans un cubicule, avec l’annuaire et le téléphone pour principaux interlocuteurs.

«Là, je me suis fait peur», avoue celui qui se dit par ailleurs «frondeur et un peu tête brûlée». Face à la perspective de tout recommencer à zéro, il dit néanmoins n’avoir jamais douté.

Du constat d’un manque d’occasions de réseautage pour les immigrants dans le milieu des affaires naît l’idée du Salon de l’immigration et de l’intégration au Québec (SIIQ), qu’il cofonde et lance en 2012. Quand la coopérative Desjardins lui propose la direction du développement des affaires pour les nouveaux arrivants et les communautés culturelles, il plonge.

«Je suis le premier immigrant à avoir bénéficié des opportunités qu’offre le SIIQ», souligne Christophe.

Devenu Canadien avec fierté en février 2015, il est heureux d’offrir à ses enfants une ouverture sur le monde. Conscient que sa trajectoire migratoire comporte des facteurs facilitants dont d’autres sont dépourvus, il reste convaincu qu’il «faut y croire. Accepter que ça ne se passe pas comme on l’avait prévu, se rappeler qu’on l’a voulu, et faire preuve d’humilité.»

L’émission de Radio-Canada International Tam-Tam Canada a produit une version radio de ce reportage. Réalisée par la journaliste Anne-Marie Yvon, cette émission est disponible sur le site de RCI (rcinet.ca/francais).

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