Collaboration spéciale Amélie Gauthier a quitté un poste à temps plein pour devenir professeur de baladi.

Si c’était à refaire, Amélie Gauthier ne changerait qu’une chose : elle oserait plus tôt. Elle raconte ici comment elle est passée de criminologue à professeure de danse orientale.

Son changement radical de carrière est presque né d’un hasard. C’est en cherchant une activité à partager avec sa mère qu’elle découvre le baladi. Gros coup de cœur pour Amélie Gauthier, qui s’implique ardemment dans son apprentissage. Des années durant, ça reste un loisir. À sa sortie de l’Université de Montréal, diplôme de criminologie en poche, Amélie décroche un poste permanent au sein de l’organisme communautaire où elle travaillait pendant ses études. Elle intervient auprès de femmes judiciarisées, en milieu carcéral et en maison de transition.

Après un congé de maternité, les allers-retours quotidiens entre Saint-Jean-sur-Richelieu, où elle vit, et Montréal, lui pèsent davantage. Elle troque un poste d’intervenante pour un autre, en intégrant le Carrefour Jeunesse Emploi de sa ville de résidence. En filigrane, la danse continue à habiter son quotidien. Amélie Gauthier se laisse tranquillement happer par le baladi. «Quand je danse, tout va bien. Je ne pense à rien, les problèmes n’existent pas», lâche-t-elle avec un grand sourire. Amélie aime son travail auprès de personnes en difficultés et ne songe pas particulièrement à trouver autre chose. Le changement de carrière finit par s’imposer de lui-même, par un concours de circonstances.

Quand sa professeure lui propose de racheter l’école de danse qu’elle dirige, Amélie hésite. Emprunter de l’argent, garantir le succès de l’école, en tirer un revenu… Grands défis pour la trentenaire, qui affirme sans ambages «faire les choses avec prudence. Je n’avais pas le courage de me lancer à mon compte, sans filet de sécurité.» Elle se décide finalement, épaulée par une copropriétaire, et signe en avril 2013. Jusqu’en juillet 2015, elle assume à la fois l’enseignement de la danse et son poste au Carrefour Jeunesse Emploi. «Parce que j’avais peur», admet-elle.

«Il m’a fallu du temps pour assumer que j’étais criminologue de formation et que je choisissais de faire de la couture et de la danse.» -Amélie Gauthier

Pendant deux ans, elle jongle avec les horaires. À sa journée d’intervenante succède son quart de travail de mère de famille, puis les cours de danse, deux soirs par semaine et les samedis matin. Puis, l’été dernier, Amélie Gauthier quitte son emploi à temps plein pour un poste de 15 heures par semaine dans une école. «Question d’avoir un revenu fixe», même si l’école est à présent rentable. Parallèlement à la danse, elle se découvre aussi une attirance et un talent pour la couture, et lance son atelier de fabrication.

CAHIER_Amelie-gauthier 01_c100«Il m’a fallu du temps pour assumer que même si j’étais criminologue de formation, je choisissais de faire de la couture et de la danse. Pour mes parents, aller à l’université était très important. Je n’ai jamais vu le fait de choisir la danse comme une option moins valable, mais je me suis posé la question de ce que ça donnerait comme image. Ça se passait entre mes deux oreilles : personne ne jugeait. Au contraire, on m’a encouragée. Et être entrepreneur est en soi un défi valorisant.» Aujourd’hui, même si elle travaille en moyenne 45 heures par semaine, Amélie concilie mieux travail et famille. Et elle met à profit ses premières amours d’intervenante avec ses élèves. «La danse est aussi un moyen de travailler la confiance en soi. J’y retrouve le plaisir de la relation d’aide.»

Assumer le changement

«Les personnes en transition de carrière craignent parfois de ne pas être crédibles aux yeux de clients ou d’employeurs potentiels», explique Mathieu Guénette, directeur des services professionnels chez Brisson-Legris, entreprise montréalaise spécialisée en orientation et gestion de carrière.

Pour se défaire du syndrome de l’imposteur, «il faut trouver des stratégies, créer un nouveau réseau, et surtout voir quelles compétences sont transférables.»

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