Métro Bâtir des groupes hétérogènes en termes de personnalités et de responsabilités multiplie les points de vue. Cela peut signifier inviter le représentant syndical ou un employé novice à la réunion.

Autocensure, jugement critique biaisé, échec de la décision : les conséquences de la pensée de groupe au travail sont plus importantes que celle de l’illusion d’un simple consensus! Comment en éviter les écueils?

«La pensée de groupe est la tendance à aller vers l’unanimité, qui rend les groupes inaptes à prendre des décisions éclairées. C’est une forme d’inertie», explique Carole Lamoureux, professeure titulaire à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM et présidente de la Société québécoise de psychologie du travail. Ainsi, pour régénérer la pensée d’un groupe, il faut rompre avec la routine par divers moyens.

1. Désigner un avocat du diable
Restrictions budgétaires, patron autoritaire, la pensée de groupe résulte d’une pression vers la conformité, selon Jean-Sébastien Boudrias, professeur agrégé à l’Université de Montréal en psychologie du travail et des organisations. Pour contrer cette pression, il faut favoriser la critique. Attribuer à tour de rôle les fonctions d’avocat du diable aux employés permet de cerner les faiblesses d’une solution, sans concentrer les tensions sur un individu.

2. Travailler en sous-groupe
«Les sous-groupes permettent d’éviter qu’une personne exerce une pression directe et que les faits soient tous filtrés de la même façon par le groupe. Si on arrive aux mêmes idées en travaillant indépendamment, il y a de meilleures chances que ce soit une bonne façon d’agir», souligne Jean-Sébastien Boudrias.

3. Avoir un leader discret
Si le patron s’affiche dès le départ en faveur d’une décision, ses employés n’oseront pas le contredire. Il doit donc se positionner par rapport à la décision. «Est-ce lui qui prend la décision finale? Entendra-t-il tout le monde? Il doit l’exprimer clairement pour ne pas causer de déception», affirme Carole Lamoureux.

La «fausse réunion», à laquelle le patron convoque ses employés, même s’il a déjà pris sa décision, est à éviter, car elle sape ses efforts. S’il s’est déjà fait une idée, il doit l’expliquer et écouter les réactions de tout le monde avant de procéder à son application.

«La pensée de groupe est la tendance à aller vers l’unanimité, qui rend les groupes inaptes à prendre des décisions éclairées. C’est une forme d’inertie.» -Carole Lamoureux, professeure titulaire à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM

4. Inviter des personnes extérieures
Des personnes extérieures, par exemple des experts, apporteront un regard plus critique, car elles subissent moins la pression du patron et ont «moins de risques d’avoir la même grille de lecture d’une situation», explique Jean-Sébastien Boudrias.

Bâtir des groupes hétérogènes en termes de personnalités et de responsabilités multiplie les points de vue. Cela peut signifier inviter le représentant syndical ou un employé novice à la réunion. «Si je m’entoure de gens qui ont la même pensée que moi, ça ne m’avance pas à grand-chose», dit Carole Lamoureux.

5. La méthode des six chapeaux
La méthode des six chapeaux, élaborée par le psychologue Edward de Bono, consiste à analyser une situation sous six angles différents, soit ceux des faits, des émotions, des risques, des rêves, de la créativité et de l’organisation. Cette technique s’applique à tous les membres du groupe en même temps, qui doivent réfléchir à ces six aspects ensemble afin de considérer le problème dans son entièreté.

«La pensée de groupe peut être un phénomène négatif si l’analyse est superficielle et unidimensionnelle. Si les gens développent un point de vue commun et qu’ils sont solidaires, alors c’est positif», estime Jean-Sébastien Boudrias.

Même si le consensus n’est pas parfait, la participation active des employés permettra d’éviter qu’une solution soit un échec parce que personne n’aura osé contester le grand patron.

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