Josie Desmarais Hafid El Idrissi

Hafid El Idrissi sort tout juste de l’enfance quand il saute à pieds joints dans l’immigration. À 13 ans, il quitte son village natal marocain pour étudier à Marrakech. «Partir si jeune fut toute une leçon de vie. Quand on vit ce genre de bouleversement, on apprend forcément beaucoup.»

«Peut-être que le succès de ma vie professionnelle s’ancre là. J’ai appris très jeune à gérer un budget, à m’organiser pour mes études, à naviguer dans les démarches administratives…» Seul avec son frère, de trois ans son aîné, Hafid se débrouille avec le mince pécule que leurs parents peuvent leur accorder. C’est la curiosité et l’envie de découvrir autre chose qui le pousseront à s’exiler une seconde fois, lui qui se considère «comme un enfant du monde».

Au Maroc, après quatre ans d’études en sciences de la gestion des entreprises, un de ses professeurs lui propose un stage dans un cabinet d’experts-comptables. Il y décroche un poste au bout de six mois, et y reste jusqu’en 2001. Après quoi, il fonde son propre bureau. Hafid a 27 ans quand il demande une résidence permanente au Québec, 30 ans quand il s’installe ici. «Je savais que je venais ici pour y faire ma vie.»

Arrivé seul en 2004, avec pour seul point de chute la résidence d’amis marocains, il fréquente presque exclusivement la communauté marocaine tout au long de sa première année en sol québécois. «C’est un danger, dit-il aujourd’hui avec du recul. Parce que quand on choisit d’immigrer, il faut s’immerger dans la culture d’accueil, miser sur un réseau local. On dispose de beaucoup d’outils d’intégration; il faut s’en servir. Participer au réseautage professionnel, lire les médias québécois et consulter les organismes d’aide aux arrivants sont autant de moyens de s’acclimater.»

À Montréal, il reprend des études universitaires afin de pouvoir prétendre au titre de CPA de l’Ordre des comptables professionnels agréés. Les
40 premiers CV envoyés restent lettre morte. À l’Hirondelle, un service d’aide aux immigrants, on revoit son CV avec lui; tout se place à partir de là. Il décroche un poste de contrôleur aux comptes, puis ouvre son bureau en 2011.

«Un immigrant est forcément un entrepreneur, croit-il. Préparer un dossier d’immigration revient à préparer un plan d’affaires: analyser le risque, être prêt à le prendre…» Des obstacles? Il réfléchit longuement. «Pas vraiment. Je ne m’appelle pas Archambault ni Tremblay, mais ça ne m’a pas freiné pour autant.»

Bien sûr, il observe que du 11 septembre 2001 a découlé une stigmatisation des immigrants d’origine arabo-musulmane, mais lui-même dit n’avoir pas vécu de difficultés. L’intégration est affaire d’excellence, croit-il. «Vise le meilleur et tu finiras par trouver un emploi. Il faut mettre de l’avant nos spécificités. Généralement – c’est culturel –, les Maghrébins font preuve de loyauté, de stabilité et de fiabilité envers leur employeur. Il ne faut pas hésiter à vendre ça.»

Aujourd’hui marié à une Libanaise, père de deux garçons qui jonglent parfaitement avec leur triple identité, il projette d’ouvrir un cabinet au Maroc. «J’ai tout de suite aimé Montréal pour son côté multiculturel, sa propension à l’innovation et à l’entrepreneuriat. Je suis ici chez moi, mais je garde un sentiment d’appartenance très fort avec le Maroc.» Son idéal, à long terme, pourrait être de passer six mois dans chaque pays. «Le meilleur des deux mondes!»

Une fois par mois, Métro propose, en collaboration avec le projet Alliés Montréal de la Conférence régionale des élus de Mont­réal (CRÉ), des portraits inspirants de Montréalais issus de l’immigration qui témoignent de leurs parcours et de leurs succès. L’émission de Radio-Canada International Tam-Tam Canada a produit une version radio de ce reportage. Réalisée par la journaliste Anne-Marie Yvon, cette émission est disponible sur le site de RCI.

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