ACDF Maxime Alexis Frappier

Montréal est-elle une ville de design? La question revient périodiquement dans l’espace public depuis que la métropole a été décrétée comme telle par l’UNESCO, en 2005.

«Plein de belles choses ont été réalisées [à Montréal], mais maintenant, il faut que nous soyons meilleurs», témoigne l’architecte Maxime-Alexis Frappier, une des stars montantes de l’architecture contemporaine au pays. Métro l’a rencontré, en plus d’aller se rendre compte, sur le terrain, des petites choses qui rendent la ville belle.

Avant de cofonder l’agence ACDF Architecture, en 2006, il a notamment participé à la conception de la nouvelle Faculté de musique de l’Université McGill et de la boutique Michel Brisson au sein de Saucier + Perrotte architectes. Maxime-Alexis Frappier travaille aujourd’hui tant ici qu’à l’étranger : Émirats arabes unis, Indonésie, Vietnam… Pas étonnant qu’il ait reçu, il y a quelques semaines, le prix Jeune architecte de l’Institut royal d’architecture du Canada.

De quelles réalisations êtes-vous le plus fier?
D’abord, il faut préciser qu’un architecte ne fait rien seul. J’ai une sorte de parti pris pour le tout premier mandat que notre agence ACDF a décroché, il y a un peu plus de six ans. C’était le siège social de St-Germain Égouts et Aqueducs à Saint-Hubert, un vulgaire petit projet de bord d’autoroute, le genre de projet que les architectes traitent parfois avec dédain, mais auquel nous avons injecté une dose d’amour. Nous avons même obtenu la médaille du gouverneur général du Canada en 2010! Pour moi, c’est très symbolique, parce que cette réalisation nous a donné confiance et nous a permis de croire que nous serions capables de nous tailler une place dans le créneau de l’architecture signature.
Tout a déboulé par la suite : nous avons reçu de belles commandes, notamment dans le domaine du patrimoine religieux, puis pour la bibliothèque Laure-Conan et l’hôtel de ville de La Malbaie et la bibliothèque de Saint-Eustache, parmi nos plus récents mandats et dont je suis aussi très fier. Nous avons réussi à créer un design simple sans offrir des espaces trop épurés, approche populaire dont nous voulons nous éloigner.

Et à Montréal?
La Maison du Maroc, où nous avons choisi de mettre en valeur l’art traditionnel avec de la céramique sur les murs, comme on en voit là-bas. Dans le courant actuel qui veut tout aseptiser, on a perdu l’espèce de relation plus humaine, artisanale, avec les matériaux. Ce projet s’inscrit dans notre démarche voulant ramener le côté romantique dans l’architecture sans nécessairement tout épurer.

Que pensez-vous de Montréal en tant que ville de design?
Des gens ont travaillé très fort pour donner ce titre à Montréal; plein de belles choses ont été réalisées, mais maintenant, il faut que nous soyons meilleurs. Nous avons le titre, mais il faut que les architectes en fassent plus. La ville est à la croisée des chemins.

Je pense entre autres à la méthode d’octroi des contrats qui ne valorise presque jamais la créativité. Avec tous les scandales qui éclatent actuellement, nous avons peur de notre ombre et nous sommes en train d’enlever tous les critères subjectifs pour évaluer les soumissions. Par exemple, pour un appel d’offres visant la construction d’une école, la firme qui en a déjà conçu plusieurs a beaucoup plus de chances de remporter le concours. On préfère la quantité à la qualité. Le critère de qualité doit revenir au cœur de l’octroi des contrats publics. C’est une roue qui tourne; tout va débouler par la suite.

La bouffe de rue en est un exemple. Autre initiative inspirante qui m’a donné des frissons : l’installation de pianos urbains dans la ville. Il faut proposer de nouvelles manières d’exploiter le potentiel de nos rues et de les ramener à échelle humaine. Montréal est un terreau fertile : quand il y aura moins de voitures – et ça s’en vient – le potentiel de la ville va complètement changer.

À Montréal, quelles initiatives design vous ont particulièrement séduit?
L’installation TOM de Claude Cormier, qui a transformé temporairement l’avenue du Musée, évoquant un champ de marguerites et le Centre Jean-Claude-Malépart, sur la rue Ontario Est, avec sa façade.

Énormément de chantiers de construction – tant institutionnels mais surtout privés – sont en cours dans la métropole. Que faudrait-il pour faire de Montréal un modèle en matière d’architecture contemporaine et de design?
Surtout ne pas refaire l’erreur des arénas en tôle et en béton des années 1970! Il faut continuer les efforts déjà en place et organiser beaucoup de concours d’architecture. Dès qu’on parle d’architecture, on pense que ça coûte cher, c’est le syndrome du Stade olympique, mais il faut tourner la page. On ne parle pas de créativité folle et de projets déconnectés de la réalité. L’architecte – et sa créativité – doivent être au service de ses clients.

Vous êtes également professeur invité à l’École d’architecture de l’Université de Montréal en plus de participer à des conférences et des colloques sur la profession. Vous avez même dispensé des cours à l’Université de Hô Chi Minh au Vietnam. Quel message voulez-vous que les étudiants et les jeunes architectes de la relève retiennent de votre enseignement?
C’est une question de passion. Les jeunes doivent être curieux et, même si aujourd’hui l’information est facilement accessible sur l’internet, ils doivent voyager, comprendre où nous sommes et qui nous sommes. Il faut qu’ils comprennent aussi que la créativité ne se fait pas d’une seule et unique façon. Chacun a sa personnalité et traîne ce que j’appelle «son bagage de vie» qui le définit.

Il est aussi important de savoir qu’en architecture, tout se fait en équipe, et ce n’est pas moins valorisant de travailler à mettre en œuvre un projet que de le concevoir à partir de l’étape de la page blanche. Je le répète : en architecture, on ne peut rien faire seul.

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