MONTRÉAL — Les jeunes adultes d’aujourd’hui ont-ils une sexualité précoce, débridée et dangereuse? Pas nécessairement, si l’on en croit une étude de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) publiée mardi.

Un portrait de la santé sexuelle des jeunes adultes au Québec — l’étude PIXEL — de l’INSPQ permet de déboulonner ou de nuancer certains mythes entourant la sexualité des jeunes. En voici quelques-uns:

Les jeunes ont des relations sexuelles de plus en plus tôt
Malgré l’hypersexualisation des jeunes, l’étude permet de constater que les données sur l’âge de la première relation sexuelle n’ont pas beaucoup changé au cours des dernières années. Ainsi, tant chez les hommes que chez les femmes, un jeune sur 20 (6 pour cent) a eu une première relation sexuelle avant l’âge de 14 ans. À l’âge de 17 ans, 10 femmes sur 20 (50 pour cent) et huit hommes sur 20 (40 pour cent) ont déjà eu une première relation sexuelle, des proportions qui se maintiennent depuis 1980, souligne l’INSPQ.

«C’est quelque chose qu’on entend souvent dans les écoles secondaires, tout le monde a l’impression que tout le monde a fait l’amour», souligne la coordonnatrice de l’étude Pixel, Sara Mathieu, ajoutant que cette fausse impression peut ajouter de la pression chez les jeunes.

Les jeunes ont beaucoup de relations sexuelles, avec plusieurs partenaires
Parmi les jeunes participants à l’étude, deux sur dix (21 pour cent) ont rapporté n’avoir eu aucun partenaire sexuel au cours des 12 derniers mois et quatre sur dix (41 pour cent) n’en ont eu qu’un seul. Seuls sept pour cent des participants ont indiqué avoir eu sept partenaires sexuels ou plus au cours de l’année précédente.

«Dans la dernière année, six jeunes sur 10 ont eu soit aucun, soit un seul partenaire et (…) 80 pour cent des jeunes adultes ont eu un partenaire «de couple» dans la dernière année. Donc, autrement dit, l’amour semble être relativement tendance encore, ou du moins les relations monogames traditionnelles», analyse Mme Mathieu.

Les jeunes sont adeptes des aventures d’un soir
En fait, 26 pour cent des participants à l’étude ont rapporté avoir eu des relations avec un partenaire d’un soir au cours des 12 derniers mois. Huit jeunes sexuellement actifs sur dix, soit 84 pour cent, ont dit avoir eu un partenaire «de couple» ou plus, au cours de la même période. Trois jeunes sur dix ont eu des relations sexuelles avec un ami ou une connaissance (33 pour cent) ou avec une fréquentation (32 pour cent), alors que deux jeunes sur dix (23 pour cent) ont eu des relations sexuelles avec un ex-partenaire.

Les jeunes ont beaucoup de comportements à risque
L’utilisation du condom est sous-optimale, admet Sara Mathieu. Ainsi, seuls trois jeunes sur dix (27 pour cent) ont utilisé ce moyen de contraception lors de leur dernière relation sexuelle avec un partenaire «de couple». La moitié des participants (48 pour cent) ont utilisé un condom lors de leur dernière relation sexuelle avec un autre type de partenaire.

«Plus on connaît quelqu’un, plus on a confiance, moins on a tendance à utiliser un condom, même si cette personne-là pourrait avoir d’autres partenaires. En termes de prise de risques, c’est important», fait remarquer la coordonnatrice de l’étude, qui ajoute cependant que même avec des partenaires d’un soir, ce ne sont que 60 pour cent des participants qui ont indiqué utiliser un condom.

L’étude révèle par ailleurs que parmi les jeunes femmes sexuellement actives, le coït interrompu est la troisième méthode contraceptive la plus utilisée (17 pour cent). Ainsi, deux femmes sur dix (19 pour cent) âgées de 17 à 20 ans et une femme sur dix (13 pour cent) âgée de 21 à 29 ans y ont recours.

«C’est un moyen de contraception qui ne protège pas contre les ITS, comparé au condom, et il est peut-être un peu plus difficile à utiliser dans les couples moins stables, les couples plus jeunes. Ça pourrait mettre les jeunes adultes à risque de grossesse non planifiée», rappelle Mme Mathieu.

Les hommes fournissent le condom
Lorsqu’un condom a été utilisé à la dernière relation sexuelle, dans la majorité des cas (78 pour cent), c’est l’homme qui l’avait apporté, indiquent les données de l’étude.

«C’est vrai que nos données ont illustré que la majorité du temps, ce sont les hommes qui ont sur eux les condoms, ce sont les hommes qui vont le plus le poser sur leur pénis aussi. Et même chez les hommes qui n’ont jamais eu de relations sexuelles, on voit qu’il y a une proportion intéressante qui a déjà utilisé un condom, qui a essayé, qui s’est familiarisée avec le condom», note Sara Mathieu.

Les interruptions de grossesse sont fréquentes chez les jeunes
Parmi l’ensemble des participantes à l’étude, une femme sur 20 (5 pour cent) âgée de 17 à 20 ans et six femmes sur 20 (26 pour cent) âgées de 21 à 29 ans ont vécu une grossesse ou plus au cours de leur vie. Parmi les femmes ayant déjà été enceintes, neuf sur dix (91 pour cent) âgées de 17 à 20 ans et sept sur dix (72 pour cent) âgées de 21 à 29 ans ont rapporté qu’au moins l’une de leurs grossesses n’était pas planifiée.

Parmi les femmes ayant vécu une grossesse (planifiée ou non), sept sur dix (67 pour cent) ont vécu au moins une interruption volontaire de grossesse (IVG). C’est donc dire que dans l’ensemble des participantes, 3 pour cent des 17 à 20 ans et 16 pour cent des 21 à 29 ans ont eu recours à un avortement au cours de leur vie.

«Ça reste un phénomène marginal», indique Mme Mathieu.

Méthodologie
Près de 3400 jeunes de 17 à 29 ans, recrutés dans 80 sites en établissement de formation et hors établissement de formation, ont répondu aux questions de l’étude, dans neuf régions administratives. Le questionnaire auto-administré a été combiné à des prélèvements biologiques visant la détection de la chlamydiose, de l’infection gonococcique, de la trichomoniase vaginale et de l’infection au VPH.

Aussi dans National :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!