Rob Blanchard Rob Blanchard / La Presse Canadienne

FREDERICTON — Imaginez que vous perdez un membre. Imaginez maintenant que vous ressentez une douleur dans ce membre qui n’existe plus.

C’est le sort d’environ 70 pour cent des amputés.

Des chercheurs de l’Université du Nouveau-Brunswick tentent de déterminer si le recours à la réalité virtuelle peut atténuer les signaux du cerveau responsables de la douleur illusionnelle.

«Dans le cerveau, il faut réaligner ce qui se produit avec la sensation que le patient a en ce qui concerne la perception du membre, explique Jon Sensinger, directeur adjoint de l’Institut de génie biomédical de l’université. C’est une nouvelle technique qui, lors d’essais cliniques restreints, a donné de bons résultats — presque tous les participants ont réduit l’intensité de la douleur illusionnelle.»

La première étude a été menée en Suède en 2016 par Max Ortiz Catalan, fondateur d’un laboratoire spécialisé à l’Université de Göteborg. Il coordonne maintenant de nouvelles expériences menées en huit endroits à travers le monde.

L’Université du Nouveau-Brunswick à Fredericton est la seule institution canadienne qui participe aux expériences. Les chercheurs utilisent des capteurs, un écran informatique et un avatar qui représente le membre amputé.

«Vous pouvez positionner l’avatar dans un espace tridimensionnel simplement en déplaçant votre corps, dit M. Sensinger. Ça ressemble aux traitements conventionnels pour la douleur illusionnelle: on vous donne une série d’exercices qui vous font imaginer que vous déplacez votre membre et vous voyez aussi que ça bouge. On utilise typiquement un miroir et puis on vous demande de bouger votre bras intact. Donc vous imaginez que votre bras bouge et vous voyez votre bras qui bouge.»

Tromper le cerveau

La chercheuse en ergothérapie Wendy Hill explique qu’ils essaient de convaincre le cerveau que le membre amputé est toujours présent.

«Ils en ressentent la présence dans la plupart des cas. Tromper le cerveau pour qu’il croie qu’il est encore là est un bon moyen de gérer la douleur. Voir un membre à l’écran et répéter des mouvements spécifiques avec le membre fantôme, c’est comme faire de l’exercice avec ce membre fantôme», a-t-elle dit.

M. Sensinger souligne qu’il reste beaucoup de chemin à faire avant de comprendre pourquoi certains amputés ressentent une douleur illusionnelle, mais pas d’autres, et comment différents traitements et l’utilisation de prothèses peuvent se révéler utiles.

«La douleur illusionnelle peut être un problème énorme. Pour certains, la douleur est chronique — le genre de douleur qui fait grincer des dents», illustre-t-il.

Une fois les résultats de la grande étude analysés, on espère que la thérapie par réalité virtuelle pourra remplacer d’ici cinq ans la thérapie avec un miroir, pour ainsi améliorer le sort des patients.

Une seule personne a complété l’étude à Fredericton jusqu’à présent, et Mme Hill dit que l’expérience a été remarquable. Elle indique que les chercheurs du Nouveau-Brunswick souhaitent maintenant recruter neuf autres participants: ils doivent être âgés de 18 ans, être amputés depuis au moins six mois et ressentir une douleur illusionnelle chronique.

L’étude regroupera au moins 50 patients à travers le monde.

«Les données préliminaires permettent de croire que c’est une méthode efficace. Reste à voir si ce sera plus efficace que la thérapie avec un miroir», tempère M. Sensinger.

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