Collaboration spéciale Johanne Blais

Près d’un million de femmes sont admissibles au Programme québécois de dépistage du cancer du sein.

Pourtant, quelque 400 000 femmes ne passent pas la mammographie qui leur est prescrite tous les deux ans. Cette année, ce sont 1 350 Québécoises qui mourront des suites de la maladie. Et la Société canadienne du cancer estime que ce nombre pourrait être réduit de 20 % si toutes les femmes visées par le programme y participaient. Métro s’est entretenu avec la Dre Johanne Blais, médecin de famille ayant une expertise en santé de la femme, pour tenter de démystifier le dépistage de la maladie.

Qu’est-ce que le Programme québécois de dépistage du cancer du sein?
Le programme de dépistage s’adresse aux femmes de 50 à 69 ans. Celles-ci reçoivent une lettre à partir du moment où elles ont 50 ans pour leur dire : vous êtes maintenant dans le groupe d’âge qui est susceptible de participer au dépistage du cancer du sein, donc vous pouvez vous pré­senter avec votre lettre dans n’importe quel centre de dépis­tage pour passer une mammographie. La lettre sert de prescription si les gens n’ont pas de médecin de famille.

Pourquoi les femmes de 50 à 69 ans sont-elles les plus à risque?
Des études ont été faites avec ce groupe d’âge-là, et on a vraiment démontré que c’est le groupe où on trouve le plus de cancers du sein. Alors qu’avant 50 ans, on n’a pas d’étude qui confirme que faire un dépistage systématique diminuerait la mortalité.

Mais il y a quand même des femmes plus jeunes qui ont le cancer du sein…
Il y en a, c’est sûr. C’est pour cela qu’on est très prudents lorsqu’on rencontre ces femmes-là, pour vérifier les antécédents familiaux. Si jamais on a un doute de quoi que ce soit, on leur fait passer la mammographie. Toutes les femmes peuvent passer une mammographie, c’est juste qu’elles ne peuvent pas le faire dans le cadre du programme de dépistage.

Conseilleriez-vous aux femmes de moins de 50 ans de faire l’autoexamen des seins?
Avant 50 ans, il demeure important de prendre soin de ses seins. L’autoexamen des seins, on le conseille aux femmes qui veulent le faire, mais ça reste un examen exigeant, en ce sens qu’il faut le faire sensiblement à la même période dans le mois et à la même journée dans le mois. Parce que sinon, la texture du sein change au fil des semaines, selon l’ovulation. Moi, je vais le montrer aux femmes qui me le demandent, pour autant qu’elles sachent que, si elles le font n’importe quand dans le mois, elles vont se trouver toutes sortes de bosses, et que cela va les rendre inquiètes. Cela n’empêche pas, en prenant sa douche, de palper les seins pour vérifier qu’on ne sent pas de grosses bosses, c’est correct aussi. On ne veut pas non plus passer le message aux femmes : ne vous en occupez pas. Mais on ne peut juste pas leur dire : si vous faites votre auto­examen des seins, vous allez diminuer votre risque de mortalité par cancer du sein.

Comment peut-on réduire le risque de cancer du sein?
En ayant des saines habitudes de vie. Des données assez intéressantes montrent que, chez les femmes qui sont très actives, qui font beaucoup d’activités sportives ou de loisirs, on note vraiment une diminution du risque du cancer du sein. Même chose chez les femmes qui ont de bonnes habitudes alimentaires, par exemple, qui consomment beaucoup de fruits et de légumes. Parce que pour le reste, c’est un peu malheureusement le hasard. Comme on ne connaît pas les causes du cancer du sein, c’est difficile de les empêcher de se manifester.

Est-ce qu’il reste encore beaucoup de travail à faire en ce qui concerne la sensibilisation au dépistage?
Oui. Il faudrait que les fem­mes répondent encore plus que ça, parce que, en ce moment, le taux de participation au programme est autour de 50-55 %, et on visait 70 % de participation. Il y a encore beaucoup de femmes qui ne vont pas passer de mammographie.

Souvent, c’est par peur d’avoir un cancer. Elles se disent : si je n’y vais pas, je ne l’apprendrai pas. Mais on leur répond toujours : plus on prend la tumeur petite, plus les chances de guérison sont grandes. D’autres femmes n’y vont pas parce qu’elles ont peur d’avoir mal. C’est vrai que ça peut être sensible. Ce n’est pas douloureux, mais ça peut amener une certaine sensibilité. À ce moment-là, on dit aux femmes : c’est 30 à 40 secondes par sein, ce n’est pas si long que ça.

Les femmes peuvent prendre par exemple de l’Advil une heure à une heure et demie avant la mammographie. Par ailleurs, durant la semaine avant la mammographie, il est préférable de ne pas consommer de thé, de café ou de chocolat, ce qui contient de la caféine, parce que ça rend les seins plus douloureux, plus congestionnés. Et évidemment, on suggère aux femmes de ne pas aller passer cet examen-là dans la semaine précédant les menstruations, parce qu’on a mal aux seins.

Mythes ou réalités
Malgré les progrès scientifiques des dernières décennies, aucune cause spécifique n’est encore associée au cancer du sein. «Il y a 50 ans, c’était facile, c’était toujours parce qu’on avait fait un péché et que le bon Dieu nous punissait, rappelle la Dre Johanne Blais. Mais, en 2012, c’est autre chose.» Métro a fait le tour des principaux mythes par rapport aux causes du cancer
du sein avec l’experte.

  • L’antisudorifique à base d’alu­minium. «Il n’y a aucun lien entre les déodorants et le cancer du sein. Scientifiquement parlant, on n’a aucune donnée qui rapporte un lien entre les déodorants à base d’aluminium et le cancer du sein.»
  • Les soutiens-gorge à cerceaux. «C’est faux. Ça peut faire mal, peut-être, mais ça ne donne pas le cancer du sein.»
  • Un choc sur le sein. «Non. Le cancer est issu de cellules cancéreuses latentes, que nous avons tous à l’intérieur de soi, qui se développent. Mais on ne sait toujours pas pourquoi ces cellules se développent chez un individu et pas chez un autre.»
  • Le stress. «Il n’y a aucune donnée qui permette de le prouver. Et on comprend facilement que le niveau de stress d’une personne à l’autre est assez difficile à évaluer. Il n’est donc pas évident d’obtenir des études bien documentées à ce sujet. Ce qu’on est capable de dire par contre, c’est que mieux gérer son stress est une bonne façon de rester en santé.

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