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TORONTO – Plusieurs responsables canadiens de la santé publique critiquent les politiques mises en place par le gouvernement fédéral pour lutter contre le trafic de la drogue, estimant que l’idéologie politique pèse plus lourd que les preuves scientifiques.

Dans le cadre d’une attaque lancée sur deux fronts, les responsables de la santé publique de la Colombie-Britannique, de la Saskatchewan et de la Nouvelle-Écosse ont publié un commentaire dans les pages du journal Open Medicine, dans lequel ils demandent notamment à Ottawa de réexaminer l’imposition de peines minimales obligatoires pour des infractions mineures en matière de drogue.

De son côté, le Réseau urbain de santé publique, qui représente les directeurs de la santé publique des 18 plus grandes villes du pays, a annoncé qu’il se range derrière la Déclaration de Vienne, qui demande aux gouvernements d’élaborer des stratégies de lutte à la drogue inspirées d’éléments qui ont fait leurs preuves.

Le responsable de la santé publique de la Colombie-Britannique, le docteur Perry Kendall, a estimé que les tactiques actuelles ne semblent pas particulièrement efficaces. De plus, a-t-il dit, il semble même qu’elles créent une multitude de problèmes – comme la violence, et la propagation de maladies comme le VIH et l’hépatite C – qui n’existeraient pas si on luttait autrement contre les drogues.

La société canadienne, ont écrit les auteurs, ne s’en porterait que mieux si on considérait la toxicomanie comme un problème de santé plutôt que comme un problème de justice criminelle. Ils rappellent ensuite que le Canada a décidé de l’imposition de peines minimales obligatoires au moment où plusieurs États américains les abandonnent, faute de résultats probants.

Plusieurs des responsables qui se sont exprimés ont dit croire qu’à l’échelle fédérale, l’idéologie politique prend plus de place que les preuves scientifiques quand vient le temps de lutter contre la drogue.

«La médecine, y compris la santé publique, devrait être – du moins à l’ère moderne – basée sur des preuves, c’est à dire qu’on fait ce qui fonctionne, ou ce qu’on a de bonnes raisons de croire qu’elles fonctionnent. Ça devrait aussi s’appliquer en matière de drogues, a soutenu le directeur de la santé publique de Toronto, le docteur David McKeown. Je ne crois pas que la population considérerait approprié si on adoptait une approche idéologique à d’autres secteurs de la santé – si on commençait par exemple à traiter les patients cardiaques en fonction d’un jugement qu’on porte sur leur moralité.»

Les auteurs rappellent ensuite que les détracteurs d’une approche basée sur les questions de santé – comme des programmes d’échange de seringues pour freiner la propagation des maladies – craignent qu’elle ne se traduise par une aggravation du problème. Pourtant, soulignent-ils, le Portugal a décriminalisé l’utilisation de la drogue il y a dix ans et il n’a constaté aucune hausse des problèmes associés à la drogue.

Lors de la période des question aux Communes à Ottawa, mercredi, le chef libéral intérimaire Bob Rae a attaqué le gouvernement conservateur sur son approche envers les drogues, la qualifiant de «politique d’échec, une politique pour remplir les prisons».

Le ministre des Affaires étrangères John Baird a toutefois rejeté les critiques de M. Rae du revers de la main.

«L’une des choses que nous ne ferons pas sera d’essayer de légaliser la marijuana, a dit M. Baird. Nous croyons que ce ne serait pas dans le meilleur intérêt des familles de la classe moyenne du pays.

«Nous croyons que nous devrions serrer la vis aux vendeurs de drogues, ces gens qui vendent de la drogue à nos enfants. Nous croyons qu’il s’agit là de quelque chose de très, très important.»

Selon M. Rae, la prohibition de l’alcool s’est révélée être un échec désastreux, et l’interdiction dans le domaine de la drogue ne fonctionne qu’à peine mieux. Pour M. Baird, toutefois, M. Rae devrait être honnête.

«Si le Parti libéral veut légaliser la marijuana, veux légaliser les drogues, le chef du Parti libéral devrait être honnête, se lever en ce lieu et dire aux Canadiens qu’il s’agit là de leur grande priorité», a lancé le ministre.

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