Mon premier contact avec les hôpitaux a eu lieu quand mon père a subi une hémorroïdectomie. C’était
la première fois qu’un membre de ma famille était hospitalisé et j’étais assez inquiet. Malheureusement, je ne pouvais en parler à personne : un garçon de 10 ans ne veut pas que ses amis sachent que son père se fait opérer à l’anus!

La honte de nos corps et de nos esprits
Je siège à un comité dont le mandat est de diminuer la stigmatisation liée à la maladie mentale. Certains membres ont déploré le fait que davantage de préjugés sont associés à la maladie mentale qu’à la maladie physique. Je crois que le type de maladie dont souffre une personne porte une plus grande part du fardeau que le simple fait d’être malade.

J’ai demandé à des gens s’ils seraient à l’aise de dis-cuter de leur arthrite. Mais qu’en serait-il de l’impuissance ou d’une colostomie? Certaines maladies ne sont tout simplement pas abordées aussi ouvertement que d’autres. Est-ce juste? Ne devrions-nous pas bénéficier de soutien et de compréhension, peu importe le type de maladie dont nous souffrons? Mon père n’a pas demandé à avoir des hémorroïdes : le sort en a décidé ainsi.

On peut en dire autant des maladies mentales. Il est beaucoup plus probable que nous révélions que notre enfant souffre d’un déficit de l’attention que de schizophrénie. Malheureusement, presque toutes les maladies mentales s’inscrivent dans la catégorie de ce que les gens préfèrent dissimuler.

Deux sources de stigmatisation
Alors, pourquoi sommes-nous aussi mal à l’aise face à certaines maladies? L’une des sources importantes de malaise, ce sont les autres. Certaines maladies sont considérées sous un éclairage négatif. Pour y remédier, le mieux est d’en parler. Plus nous parlons d’une chose sans porter de jugement, plus elle est acceptée. C’est pourquoi l’homosexualité n’est plus considérée aujourd’hui comme elle l’était il y a 50 ans.

La deuxième grande source de honte et de stigmatisation, c’est nous-même. Un jour, j’ai été ébahi d’entendre mon ancien directeur parler ouvertement de ses hémorroïdes. Comment pouvait-il être aussi à l’aise, alors que j’aurais été embarrassé d’en parler?

On ne peut pas toujours tenir les autres pour responsables des préjugés. Nous sommes maître de ce que nous ressentons face à nous-même. Plus nous sommes embarrassé, moins nous en parlons. Notre propre honte renforce alors la force de la stigmatisation. Mais si la honte engendre la honte, l’ouverture d’esprit engendre sans aucun doute l’ouverture d’esprit.

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