Métro L’anorexie et la boulimie résultent de l’effet combiné de causes biologiques et environnementales.

À l’occasion de la Semaine de sensibilisation aux troubles alimentaires, le point sur une recherche selon laquelle une protéine pourrait être à l’origine de la boulimie et de l’anorexie.

Les troubles du comportement alimentaire (TCA), à l’instar de nombreuses maladies mentales, forcent des millions de personnes dans le monde (soit de 15 % à 20 % de la population) à mener en silence une pénible bataille quotidienne.

Une récente étude nous en apprend davantage sur la question. Elle indique que les TCA peuvent aussi être causés par des facteurs biologiques. Cette recherche, dirigée par les professeurs Pierre Déchelotte et Sergueï Fetissov, en arrive à la conclusion qu’une protéine produite par certaines bactéries intestinales (dont E. coli) pourrait être responsable de ces troubles.

«Il y a 10 ans, nous avons découvert l’existence de certains anticorps qui attaquent la mélanotropine – l’hormone produite par le cerveau pour contrôler la satiété – et nous avons observé à cette occasion une forte concentration de ces anticorps chez des personnes souffrant de TCA», explique M. Fetissov à Métro.

Le but de la plus récente étude, publiée dans la revue Translational Psychiatry, était de déterminer la provenance de ces anticorps. En se concentrant sur la bactérie E. coli, les chercheurs ont découvert que cet organisme présent dans le système digestif pouvait – en situation de stress – produire une protéine appelée ClpB qui a pour conséquence de dérégler l’appétit.

«L’anorexie et la boulimie résultent de l’effet combiné de causes biologiques et environnementales. La pression sociale qui s’exerce sur les gens relativement à leur poids pousserait d’abord les jeunes femmes – les premières victimes de TCA – à suivre un régime», ajoute M. Fetissov.

«Les restrictions qu’implique un régime ont une incidence directe sur l’équilibre de l’intestin parce que les bactéries se retrouvent dans une situation de stress et produisent donc cette protéine qui dérègle l’appétit. Les facteurs sociaux déclencheraient les TCA, mais la protéine serait responsable de sa persistance – ce serait donc un cercle vicieux», ajoute-t-il.

Maintenant que la cause du problème est mieux comprise, peut-on espérer qu’un médicament capable de détruire cette protéine puisse traiter les TCA? «Comme un antibiotique tue toutes les bactéries sans être capable d’en cibler une en particulier, l’idée est de trouver un antibiotique sélectif – qui n’existe pas aujourd’hui – afin de réduire la production de cette protéine. Nous pouvons aussi chercher une substance qui la neutraliserait directement», résume le spécialiste.

À suivre
La prochaine tâche à laquelle devront s’atteler les chercheurs consistera à mettre au point un test sanguin capable de détecter la présence de la protéine bactérienne ClpB. «Si nous y parvenons, nous pourrons élaborer des traitements spécifiques et individualisés pour les TCA», affirment-ils.

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