Collaboration spéciale

On a beaucoup parlé du fait que la grève étudiante était celle du 2.0. On suit les manifs à coup de «hashtags», de «like» et d’images en temps réel à même la foule. Mais les médias sociaux sont-ils pour autant les grands gagnants de cette crise?

Michelle Blanc, experte de médias sociaux, croit que Facebook et Twitter ont surtout servi à coordonner les manifestations et que les acteurs du conflit ne les ont pas tant utilisés pour faire passer leur message.

Une analyse de Twitter, a permis à Mme Blanc de constater que le gouvernement est quasiment absent des réseaux sociaux, et surtout que les associations étudiantes ne représentent pas les comptes les plus actifs.

Ce sont d’abord les médias et les usagers qui s’expriment sur Twitter. «Gabriel Nadeau-Dubois est visible, mais l’est-il en tant qu’acteur ou en tant que sujet. Il faut faire la distinction. Il est un sujet sur les réseaux sociaux, pas un acteur», souligne Mme Blanc.

Quant aux débats d’idées, les interprétations varient. «Les gens utilisent les réseaux sociaux pour s’informer et pour débattre. Mais quand je dis débattre, c’est plutôt présenter son point de vue et insulter ceux qui ne sont pas d’accord», croit-elle.

André Mondoux, sociologue à l’école des médias de l’UQAM ne nie pas les limites de Twitter. «Il ne faut pas qu’on s’imagine qu’on va commencer à penser à coup de réflexions de 140 caractères et moins», précise-t-il.

Il pense néanmoins que la grève révèle surtout le retour des opinions. Ce qui ne se fait pas sans débordement, nuance Mme Blanc. «Si t’essaies de questionner, t’es un sale libéral, déplore-t-elle. Ça devient des outils d’action politique et non pas de marketing politique. Et ça contribue certainement à polariser le débat.»

M. Mondoux ne nie pas ces dérives, mais s’explique mal les critiques de Mme Blanc à propos de l’utilisation des réseaux sociaux par les grévistes. Selon le sociologue, cette grève permet même de découvrir que ces médias ne se résument pas qu’à du marketing.

Auparavant, les médias sociaux étaient dominés par des opérations d’autopromotion, de marketing pour un public cible, indique M. Mondoux. «La grève nous a rappelé ou plutôt nous a fait découvrir, que les médias sociaux ne servent pas qu’à faire du branding, mais qu’on a des opinions. Et ça dérange. Mais les médias sociaux, c’est social et le social est politique et idéologique.»

Les médias sociaux forcent ainsi les gens à prendre position et cela représente un point de départ aux yeux de M. Mondoux. Il ajoute que le défi est maintenant d’apprendre à respecter la diversité des idées… et à sortir du carcan des 140 caractères.

Aussi dans Conflit étudiant :

blog comments powered by Disqus