Vittorio Fiorucci Michel Robichaud en train d’ajuster la tenue de Johanne Harrelle en 1963.

Michel Robichaud a signé de nombreuses premières au fil de sa carrière en design de mode. De 1963 à la fin des années 1980, il a fait rayonner la mode québécoise en habillant des vedettes telles que Elizabeth Taylor. Pas étonnant que le maire Drapeau lui-même l’ait appelé à la rescousse à la dernière minute quand est venu le temps de redorer le blason des uniformes des hôtesses d’Expo 67!

Métro s’est entretenu avec celui qui a fait rayonner la mode québécoise pendant une trentaine d’années alors qu’il s’apprête à prendre la parole dans le cadre du volet Conférences du Festival mode et design.

On vous connaît notamment pour les uniformes d’Air Canada, d’Expo 67 et des Jeux olympiques de 1976. Y a-t-il des choses que vous avez faites et dont on a moins entendu parler?
Au tout début de ma carrière, en 1963, une de mes mannequins, Johanne Harrelle, était la vedette du film À tout prendre, de Claude Jutra. Quand elle est partie à Paris pour présenter le long métrage, je lui ai prêté des vêtements. Claude Jutra a aussi filmé une partie du film sur le toit du building où on habitait. C’est ainsi que j’ai participé, d’une certaine manière, aux tous débuts du cinéma québécois.

Avec le recul, de quelles créations êtes-vous le plus fier?
C’est certain qu’Expo 67 a été énorme pour moi. J’avais ouvert ma maison quelques années plus tôt seulement et c’est ce qui a donné le ton [au reste de ma carrière].

C’est aussi ce qui m’a servi de tremplin pour ma première collection de prêt-à-porter pour un des plus importants manufacturiers québécois, Auckie Sanft. À l’époque, les manufacturiers étaient plus habitués à copier ce qui se faisait à New York et à Paris… C’était la première fois qu’ils s’associaient à un couturier canadien.

«J’ai eu la chance de faire plein de premières.» – Michel Robichaud

Si on devait sélectionner un moment charnière de votre carrière, ce serait lequel?
Il y a bien sûr le lancement de mon parfum, Brunante, en 1973, le premier parfum canadien qui a été vendu pendant 25 ans. C’était mon rêve!

Il y a aussi eu l’ouverture du Centre de promotion de la mode de Montréal, rue de la Montagne, en 1984. Je voulais ouvrir une maison où tous les gens qui font de la mode, des manufacturiers aux designers, aient pignon sur rue et où les gens puissent s’informer sur les vêtements québécois. Grâce à une subvention qui avait été accordée par René Lévesque, on y présentait des échantillons de beaucoup de marques, mais on a dû fermer parce que notre subvention n’a pas été reconduite par le gouvernement Bourassa.

J’ai eu la chance de faire plein de premières. Sears, qui m’a offert une expérience exceptionnelle, a aussi été un pionnier pour la mode canadienne. [Avant Karl Lagerfeld pour H&M, il y a eu Robichaud Diffusion pour Sears, une collection de prêt-à-porter exclusive.] J’ai appris à travailler avec cette entreprise dans une autre gamme de prix où chaque détail comptait pour diminuer ceux-ci.

Plusieurs initiatives ont été mises sur pied pour relancer la mode à Montréal et au Québec, plus récemment avec la Grappe métropolitaine de la mode. Quelle est votre opinion sur le sujet?
C’est un peu une répétition de ce qu’on avait fait avec le centre de promotion. La problématique, c’est qu’il n’y a jamais de continuité. Les gens sont pleins de bonne volonté, se mettent ensemble et font des réunions, mais c’est chaque fois administré par des fonctionnaires qui aiment la mode, mais qui ne connaissent pas assez le milieu. Je n’ai pas l’impression que c’est très sérieux.

La seule organisation qui offre une certaine continuité, c’est Sensation mode avec son festival, qui dure depuis 17 ans. On aime ou on n’aime pas, mais cette entreprise a réussi à durer et à se renouveler.

À la fin de votre carrière, vous avez aussi enseigné le design de mode, d’abord à l’École supérieure de mode, puis au Collège Notre-Dame- de-Foy. Que diriez-vous aux étudiants qui entameront leurs études à la prochaine rentrée?
Ici, au Québec, on ne peut pas faire seulement du design. Il faut aussi être un bon gestionnaire et suivre des cours de gestion. Je leur conseillerais aussi d’essayer de travailler dans une niche précise. Quand ils commencent, les futurs designers ont tendance à en mettre beaucoup trop. Ils doivent se trouver un style, par exemple en partant d’un petit détail.

Comme beaucoup de métiers, ce n’est pas facile. Il faut être passionné et persévérant.

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Conférence Michel Robichaud – Monsieur Mode:
Mardi 22 août, 18 h 45
Édifice Wilder Espace Danse
Billets: 25$ sur eventbrite.ca

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